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À la recherche de « L’Âme primitive » au musée Zadkine

À la recherche de « L’Âme primitive » au musée Zadkine

03 novembre 2021 | PAR Blaise Campion

Jusqu’au 27 février 2022, l’exposition « L’Âme primitive » propose un dialogue original entre les œuvres du sculpteur russe Ossip Zadkine (1888-1967), et d’autres créations parfois beaucoup plus récentes. Le thème du primitivisme sert de lien à la centaine d’œuvres exposée et permet des interactions stimulantes.

Une sensibilité primitiviste

Niché dans la belle maison aux murs blancs qui servit d’atelier parisien à Ossip Zadkine de 1928 à 1967, le musée qui porte son nom est cerné d’un jardin paisible et ombragé, peuplé d’imposantes sculptures en bronze de l’artiste. Un havre de paix à deux pas du Luxembourg qui contraste avec l’agitation estudiantine du quartier latin avoisinant. Le cadre se prête donc volontiers à un retour aux sources, vers l’âme primitive de l’homme et de l’art. Zadkine fut en son temps marqué par le primitivisme, un mouvement de pensée fondamental du début du XXe siècle qui remit en cause les hiérarchies artistiques établies, dans un élan de célébration de l’art dit « primitif ». Rejet de l’idée de progrès et des évolutions de la société occidentale, le primitivisme dans les arts puise notamment son inspiration dans les productions des sociétés premières extra-européennes, à la recherche d’une forme de paradis perdu. L’exposition imaginée par Jeanne Brun, Claire le Restif et Pauline Créteur, propose ainsi une conversation originale autour de l’idée primitiviste entre les sculptures de Zadkine et des créations de toutes sortes (sculptures, peintures, arts graphiques…) allant de l’époque de l’artiste jusqu’à nos jours. Dans une première salle, des dessins d’enfants du début du XXe siècle, issus de la collection de Vassily Kandinsky, dialoguent ainsi avec une aquarelle fleurie de Natalia Gontcharova, une figure majeure du néo-primitivisme russe. Dans le même espace trônent, entre autres, des statues d’Ossip Zadkine. Parmi elles, Les Vendanges (1918), une œuvre magnifiquement taillée dans du bois d’orme représentant le corps d’une femme dans les différentes postures nécessitées par la récolte du raisin. Ici, l’influence de l’art extra-européen semble déterminante.

Le corps comme langage primitif

La deuxième salle de l’exposition aborde la thématique du corps, fortement investie par les artistes sensibles à l’idée primitiviste. Une toile de Miriam Cahn, Kriegerin (« Guerrière » en allemand / 2012), représente une femme à la nudité imposante et revendicatrice, dans un jeu de couleurs étonnant. Le côté brut, les poings serrés de cette femme combattante, contrastent avec la grâce et la poésie du mouvement des petites danseuses en terre cuite de Rodin exposées dans la même salle. Réalisés d’une main de maître, les mouvements acrobatiques, les gestes des bras, les pointes de pied ou la suspension des jambes, sont autant d’expressions sublimes d’un certain langage du corps. Les danseuses de Rodin entrent en écho avec une sculpture en terre cuite de même taille de la main de Louis Fratino, Saturday (2019), où deux hommes nus et enlacés semblent profiter d’une grasse matinée amoureuse. Zadkine aussi investit le corps, mais d’une manière plus brute. Un énigmatique Personnage penché (1919) laisse imaginer un corps fossilisé dans une pierre, comme une possible évocation du mythe de Sisyphe. Une Tête aux yeux de plomb (1919), sculpture austère, représente un imposant crâne de calcaire aux contours lisses.

Les matériaux de l’artiste

La visite de l’exposition, en toile de fond, donne également à réfléchir sur les matériaux de l’artiste, leur nature et leur sens. L’œuvre de Mathieu Kleyebe Abonnenc, Le Veilleur de nuit (2018), utilise ainsi une véritable carapace de tortue dans laquelle est déposé du gallium fondu. Manière peut-être d’évoquer métaphoriquement les conséquences de la catastrophe climatique. Plus insolite, ou plus provocant c’est selon, l’œuvre amusante de Michel Blazy Chien dans le désert (2008) a été réalisée sur du bois par des déjections de souris nourries à la crème glacée. D’autres matériaux originaux sont à découvrir au fil de l’exposition, comme le totem de coquilles de noix de Laurent le Deunff, ou le fragment de barque utilisé par Gyan Panchal pour Le Poumon (2017). Les sculptures de Zadkine, en bois, en pierre ou en bronze, s’intègrent parfaitement à cette réflexion. Dans la dernière salle, l’œuvre monumentale Prométhée (1955-1956) sculptée dans du bois d’orme, se laisse longuement contempler dans la complexité de ses formes cubistes. Puis l’âme peut ressortir légère et grandie de tous ces échos artistiques.

Visuel : © Adagp – Ossip Zadkine, Les Vendanges, 1918.

Infos pratiques

Galerie Lelia Mordoch
Galerie Picot-Le Roy
musee_zadkine

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