Cinema
L’homme est une femme au cinéma : histoires de travestissement

L’homme est une femme au cinéma : histoires de travestissement

07 mars 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Guillaume et Jacky : pas facile d’être une femme… surtout lorsqu’on est un homme ! Par contre, facile d’en parler au cinéma, dans une forme qui évite la complaisance. Facile en 2014 du moins. Dans la première décennie du XXIème siècle, le cinéma a beaucoup abordé ce sujet. Quel chemin pour en arriver jusqu’à l’état décontracté d’aujourd’hui ? Une histoire en cinq ans.

Breakfast on PlutoCelui-là s’appelle Kitten, Patrick de son vrai prénom. Il évolue dans un film de 2006 réalisé par Neil Jordan, qui s’appelle Breakfast on Pluto. Il cherche sa mère à Londres et ce faisant, il se heurte aux activistes de l’IRA –nous sommes dans les années 70- au milieu de la prostitution, au trafic d’armes… Avec pour seul rempart, sa nature de travesti, et une naïveté qui l’amène à écouter les commentaires des oiseaux et à rêver sur de la musique seventies… Il a de la chance : sa recherche d’identité n’est pas évidente, mais elle emprunte une forme décalée et légère. D’autant plus qu’il arbore les traits angéliques de Cillian Murphy.

[Breakfast on Pluto, un film de Neil Jordan avec Cillian Murphy, Liam Neeson, Stephen Rea, Brendan Gleeson, Bryan Ferry, Eva Birthistle. Sorti en 2006.]

Celui-là s’appelle Pierre. Ah, avec lui, le ton se durcit. Ancien gigolo désormais sexagénaire, il vient de perdre son amant de trente ans, et la vie n’a plus beaucoup de sens. Son parcours porte un titre évocateur : Avant que j’oublie. Dans ce film de 2007, perte et conservation sont des problématiques essentielles. Car le travestissement, auquel il se livre encore épisodiquement, est devenu pour Pierre signe de vieillesse. Faut-il abandonner des fantasmes qui n’ont plus la même saveur, ou s’accrocher à eux, histoire de tirer encore un peu de plaisir de la vie ? Jacques Nolot, auteur-réalisateur-interprète de ce film-autoportrait, se jette dans ces questionnements à corps perdu.

[Avant que j’oublie, un film réalisé et interprété par Jacques Nolot, avec aussi Bastien d’Asnières, Marc Rioufol, Albert Mainella. Sorti en 2007.]

Ceux-là s’appellent Manu et Philippe. Et comme ils sont interprétés par Lambert Wilson  et Pascal Elbé, tout va mieux ! Dans Comme les autres, film de 2008, ils désirent avoir un enfant. Une jeune femme va les y aider. Tout se passera sans trop de mal, bien sûr, comme dans les films français grand public, mais on remarque cependant qu’en cette année 2008, Comme les autres fait disparaître ce que les gens regardent comme des bizarreries pour montrer un couple avec un mode de vie « normal ». Tout serait-il en train de s’apaiser ?

[Comme les autres, un film de Vincent Garenq avec Lambert Wilson, Pascal Elbé, Pilar Lopez de Ayala. Sorti en 2008.]

Mourir comme un hommeEt non ! car celui-là s’appelle Simon. En 1998, il était la preuve que L’Homme est une femme comme les autres. En 2009, il est revenu, dans La Folle Histoire d’amour de Simon Eskenazy. Et là, à vie « normale », chamboulement total : un amant stressé et lunaire –Micha Lescot, forcément- une mère envahissante –Judith Magre, forcément- et l’irruption de Naïm, un travesti aux multiples identités (Mehdi Dehbi). Foin des dissimulations, les fantasmes reprenaient le dessus en cette année 2009. Difficile à gérer pour Simon, interprété, forcément, par Antoine de Caunes.

[La Folle Histoire d’amour de Simon Eskenazy, un film de Jean-Jacques Zilbermann avec Antoine de Caunes, Judith Magre, Mehdi Dehbi, Micha Lescot, Elsa Zylberstein. Sorti en 2009.]

Il fallait bien trouver une conclusion à l’histoire. En 2010, le portugais Joao Pedro Rodrigues  est venu l’écrire. Celui-là s’appelait Tonia. Il était l’ancienne reine –fictive- des cabarets de Lisbonne. Un vieil homme désormais, désireux de devenir définitivement une femme avant sa mort. Entreprise compliquée par des convictions religieuses profondes, et par son propre corps, n’acceptant pas forcément les transformations… Conclusion triste, donc. Sorte de tombeau pour cette différence, difficile même à s’imposer à soi-même. Seule alternative : Mourir comme un homme.

[Mourir comme un homme, un film de Joao Pedro Rodrigues avec Fernando Santos . Sorti en 2010.]

Ensuite, quelques autres figures sont venues sur les écrans, jusqu’en 2014. La Laurence de Laurence Anyways, de Xavier Dolan, par exemple, interprétée par Melvil Poupaud. Un film élégiaque. Le sujet est dès lors allé, au cinéma, vers plus de décontraction. Aujourd’hui, heureusement, son traitement n’a pas perdu en humanité. On ne peut que s’en réjouir… et voir ces beaux films, qui savent faire rire également.

Visuels: © affiches des films Breakfast on Pluto et Mourir comme un homme

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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