Théâtre
Minyana et Audiberti font la réouverture du Poche-Montparnasse

Minyana et Audiberti font la réouverture du Poche-Montparnasse

01 février 2013 | PAR Christophe Candoni

Le Théâtre de Poche-Montparnasse, racheté par le journaliste amoureux de théâtre et critique dramatique Philippe Tesson, et entièrement rénové, a commencé une nouvelle vie le 15 janvier 2013. « Le Mal court » y tient l’affiche dans une mise en scène de Stéphanie Tesson, co-directrice des lieux avec la comédienne et metteur en scène Charlotte Rondelez qui présente dans la petite salle puisqu’il y en a désormais deux « To be Hamlet or not » avec sa compagnie. Le choix est symbolique car, peu jouée, la pièce d’Audiberti a été créée au théâtre de poche en 1947 par Georges Vitaly avec Suzanne Flon.

Plus tôt dans la soirée, il faut aller applaudir « Inventaires » de Philippe Minyana, qui, vingt-six ans après sa création au Théâtre de la Bastille, s’offre une seconde jeunesse. Son metteur en scène Robert Cantarella et les trois comédiennes de choix que sont Florence Giorgetti, Judith Magre et Edith Scob pour qui et avec qui la pièce a été écrite, remontent le spectacle.

Elles sont trois femmes. Chacune apporte avec elle un objet de la vie quotidienne auquel elle est particulièrement attachée et qui la définit. Une robe noire avec pour motif des grosses fleurs vertes pour Angèle, un lampadaire acheté aux galeries Lafayette pour Barbara, une cuvette en tôle pour Jacqueline. A tour de rôle et selon des règles du jeu bien établies, elles vont prendre la parole. Elles parlent de la vie, font l’inventaire des coups de foudre et de blues, des amours fous, des déceptions de taille, des hommes qui évidemment occupent le centre de leurs prises de parole sans pour autant tenir le beau rôle.

Minyana proposait il y a donc plus de vingt ans un texte théâtral apparemment bien anecdotique et bavard qui paraît être aujourd’hui la drôle de prémonition des grands déballages télévisuels actuels. C’est donc la forme d’une émission divertissante que prend le spectacle rebaptisé pour l’occasion « le marathon de la parole Montparnasse 2013 » avec en scène la présence discrète et bienveillante du metteur en scène Robert Catarella qui se prête avec jubilation et complicité au rôle du présentateur.

Le show est assuré par trois actrices sensationnelles d’une vitalité, d’une gourmandise et d’une générosité sans commune mesure. Elles emportent l’adhésion par un talent comique inné, chacune dans son registre et sans faire d’ombre aux autres. Florence Giorgetti fait une midinette formidablement malicieuse, Judith Magre adopte un ton plus cinglant, elle est irrésistiblement vacharde, Edith Scob garde son côté folle et lunaire et la douce dinguerie qui n’appartient qu’à elle. Elles sont drolatiques, surprenantes, magnifiques dans une performance qui met de bonne humeur.

A 21h, on découvre le travail très classique de Stéphanie Tesson sur « Le Mal Court » de Jacques Audiberti. La distribution réunit de jeunes acteurs et des plus confirmés que sont le bouffon et fantasque Jean-Paul Farré, Antony Cochin, Josiane Lévêque, Marcel Maréchal, Mathias Maréchal, Didier Sauvegrain, Emmanuel Suarez, et la juvénile et éclatante sauvageonne Julie Delarme dans le rôle d’Alarica qui au lieu d’épouser le prince a qui elle est promise, perd son pucelage dans les bras d’un inconnu subalterne et imposteur et vire son père du trône pour prendre sa place . L’engagement de cette joyeuse équipe à faire entendre un texte tombé dans l’oubli est salutaire, d’autant que si son intrigue se passe au siècle des Lumières, la révolte, la sensualité, la cruauté, le scandale qu’elle contient devraient parvenir et concerner le public de notre temps. Sauf que la mise en scène et l’interprétation misent sur une lecture plus carnavalesque que subversive de la pièce et déçoivent de trop de bienséance policée.

On a du mal à comprendre et défendre le spectacle auquel nous avons assisté. Dans ce contexte de la réouverture d’un théâtre flambant neuf et dans le projet de sortir de la désuétude un auteur dramatique contemporain de Genet et de Beckett qui ne jouit pas de l’aura de ces-derniers, pourquoi ce travail ne respire pas la jeunesse, le souffle et les ambitions louables de la nouvelle équipe dirigeante qui, a priori, ne pouvait laisser présager un objet artistique, certes enlevé mais aussi poussiéreux qui finit par contredire et desservir de pourtant bonnes intentions.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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