Cinema

Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois

07 septembre 2010 | PAR Coline Crance

Des hommes et des dieux est le dernier film de Xavier Beauvois, réalisateur du Petit lieutenant, de N’oublie pas que tu vas mourir…. Changeant totalement d’univers, il livre un film virtuose, récompensé par le Grand Prix à Cannes et salué unanimement par la critique. Il sort en salle le 8 septembre 2010. Avec : Michael Londasle, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin … durée : 2h00

Des hommes et des dieux est un huis-clos saisissant de Xavier Beauvois. Le réalisateur du Petit lieutenant suit les dernières semaines de sept moines du monastère de Tibhirine en Algérie, avant leur enlèvement et leur exécution en 1996; sujet difficile, événement encore trouble qui avait profondément choqué l’opinion internationale à l’époque. Xavier Beauvois transcende tous les obstacles, les poncifs et les non-dits pour livrer un chef d’œuvre intensément pacifiste et universel. L’intrigue se déroule presque uniquement entre les murs solennels du monastère. Le spectateur peu à peu est invité à se glisser dans l’intimité de ces moines tiraillés à la fois par la peur et par leurs propres convictions religieuses. Autour de ce havre de paix, la guerre civile éclate et le danger devient de plus en plus menaçant et pèse sur leurs vies. L’ultime question se pose : doivent-ils rester ou partir ? A la fois frères au sein de leur communauté et frères du village dont ils s’occupent, cette simple question remet en cause toute la portée et la symbolique de cette communion. Quel sens lui donner ? Quel sens gardera-t-elle s’ils fuient et abandonnent les villageois en proie aux feux de la guerre civile ? Face à cette violence qui gangrène le pays, leur présence faite d’amour et de charité devient le seul lien de cohésion entre chrétiens et musulmans, devient la seule possibilité de maintenir entre ces frères alliés et ennemis une entente fraternelle et spirituelle.

Xavier Beauvois en adoptant ce point de vue n’élude aucune problématique mais donne au film la possibilité de porter un message universel au-delà du simple fait historique. Face à la montée de cette tension dramatique qui se met progressivement en place, les questions abondent et l’objet du débat qui anime les moines n’est jamais vain. Parole contre silence résigné, les moines privilégient le dialogue. Le silence au monastère est soit celui de la prière soit celui de cette mort annoncée qui les hante, eux, frères soudain abandonnés de leur père. La foi et l’humanité, qui jaillissent de ce film, viennent de la progressive acceptation de cette épreuve et de leur sort. La mise en scène de Beauvois, à la fois sobre et sophistiquée, exprime toute l’étendue et la complexité de ce choix qui relève à la fois de questions spirituelles, morales, éthiques et politiques. Certes la mort rôde, mais mué par une foi toujours plus constante et forte en l’homme et en Dieu, cet univers retranché du monde devient le plus beau réceptacle de vie.

Beauvois avec intelligence ménage de véritables moments d’intensité à travers la finesse de son regard et le talent de ses acteurs. La force des images et du silence dépasse progressivement les mots et quand le mort vient, l’émotion se déploie et transmet un véritable message d’amour et de paix. Chute brusque dans la transcendance et dans l’universel, cette intensité offre de véritables instants de grâce et de cinéma pour mieux revenir par la suite sur la cruelle et concrète réalité. Lors du dernier repas, l’émotion laisse place aux mystères ; celui de dieu et de la mort. Le Lac des cygnes de Tchaikovski berce les dernières heures de cette communauté : au fond bleu de cette dernière cène s’oppose l’immensité blanche des montagnes algériennes… Rien n’est hiératique dans ce film, l’émotion, les sens dominent et sont le moteur de cette foi indéfectible en l’homme.

Réussite impeccable et implacable, ce film est un chef d’œuvre d’amour et de cinéma qui devrait faire l’unanimité.

Infos pratiques

Vernissage ce soir : le photographe Frédéric Lipzyc chez Everarts
Terry Giliam et sa déception pour son Don Quichotte
Coline Crance

11 thoughts on “Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois”

Commentaire(s)

  • Remarquable. Chaque article, chaque thème, les visuels, je suis fan.

    septembre 8, 2010 at 14 h 12 min
  • Amelie Blaustein Niddam

    Je suis sortie revulsée, enervée et choquée de ce film que j’ai détesté. La façon dont Beauvois exalte l’attitude de ces moines ne fait que les rendre aussi pitoyables que les meurtriers qui leur font face.
    Le fantatisme religieux poussant au suicide collectif, trés peu pour moi.
    A part ça,l’image est belle, et les acteurs formidables…tout de même!

    septembre 12, 2010 at 20 h 58 min
  • coline

    je trouve pas que beauvois exalte leur comportement. ils en discutent , dieu seul n’intervient pas dans leur choix de quitter ou pas le village. les villageois les incitent à rester, ils sont une famille , donc c’est aussi une question éthique plus que religieuse de partir ou pas ce que beauvois montre bien enfin j’ai trouvé. apres certes il y a la disciplicine cistercienne , donc règle de saint benoit , qui reste assez particulière , mais je ne pense pas que ce soit cela qui soit mise en évidence ici. et puis le plus vieux de moine n’hésite pas a se cacher , il ne prend pas part  » au suicide collectif ».enfin apres c’est un sujet délicat , donc chacun a son propre ressenti je pense.

    septembre 12, 2010 at 22 h 32 min
  • amelie

    c’est trés juste, l’équilibre est bon durant les 2/3 du film. Mais j’ai eu le sentiment que l’image esthetisante de la fin ( Et dieu sait ;) que j’adore les spectacles esthetisants!) vient exalter et justifier leur suplice. Bref, je reste sur ma faim.

    septembre 13, 2010 at 14 h 15 min
  • coline

    c’est peut-être la ou l’on touche à la limite de grandiloquence du cinéma. mettre la mort en spectacle et préserver cet état de grâce ..!la mise en scène reprend le pas sur leur conviction, leur foi , et leur choix..mais c’est aussi la que le cinéma reprend ses droits dans un certain sens.!;)

    septembre 13, 2010 at 21 h 39 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *