Cinema
Le Centre Wallonie-Bruxelles fête les 100 ans du film « L’Atlantide », de Jacques Feyder ! Retour sur un classique lent, mais bien construit !

Le Centre Wallonie-Bruxelles fête les 100 ans du film « L’Atlantide », de Jacques Feyder ! Retour sur un classique lent, mais bien construit !

16 décembre 2021 | PAR Chloé Coppalle

Pour les 100 ans du film, le Centre Wallonie-Bruxelles projetait ce mardi 14 décembre la restauration de L’Atlantide, de Jacques Feyder, grand cinéaste franco-belge ! Cette projection est la première en France de la copie restaurée ! Le ciné-concert était d’ailleurs enregistré pour composer la version finale de la restauration ! Retour sur le premier long-métrage de Jacques Feyder, un classique audacieux mais à la trame narrative lente.

 

L’Atlantide raconte l’histoire de deux lieutenant français vivant en Algérie qui se perdent dans le désert. Au détour d’une grotte, ils découvrent des inscriptions en Grec sur la roche, et décident de savoir ce qu’elles signifient. Mais leur périple les amène à une mauvaise rencontre, qui les dirige tout droit dans l’antre de Antinéa, la Reine de l’Atlantide. Elle est bien décidée à ne pas les laisser partir …

Adapté du roman L’Atlantide, de Pierre Benoit, sorti en 1919, le film demanda huit mois de tournage en Algérie, dans les lieux exactes de l’ouvrage. À l’époque, tourner un long-métrage en Algérie est rare. Les films sont davantage réalisés en studio ou dans des lieux extérieurs, mais en France. La place du paysage est alors très importante dans L’Atlantide. L’intrigue, comme la traversée des deux lieutenants dans le désert, sert de prétexte à la captation de panoramas grandioses. Ici, la nature intervient autant comme décor du récit que comme sujet cinématographique. En effet, les paysages sont filmés en plans larges, voire très larges, dans lesquels les personnages évoluent en toutes petites tailles. Jacques Feyder filme la nature comme les peintres la peignait à la même période et aux époques antérieures : un paysage panoramique peint dans des tons chauds, dont la représentation sert de témoin visuel à la réalité de ces espaces étrangers et naturels, autant qu’elle fascine.

Les séquences en pleine nature alternent avec des décors de cinéma à l’architecture complexe et détaillée. La première partie, qui se déroule dans l’univers colonial algérien des deux lieutenants, tranche avec l’atmosphère onirique de l’Atlantide. Cette ouverture rappelle la peinture coloniale des années  1920-1930, période de création de film. Tournés comme des cartes postales, les plans montrent l’évolution de la vie coloniale sur place : les discussions sur les terrasses d’architectures coloniales, les traversées du désert, les caravanes, les tons chauds qui donnent l’impression d’avoir accès à une ambiance. À l’inverse, l’Atlantide est filmée dans un contexte plus orientalisant. Les décors sont marqués par des ornementations d’inspirations égyptiennes, les poses lascives, la nudité évoquée par la transparence d’une robe, la présence forte d’étoffes, de peaux de bêtes, et d’animaux sauvages, donnent un caractère onirique à l’ensemble. Au début du XXème siècle, l’orientalisme du XIXème siècle est remis en question. Il est considéré comme superficiel, faux, superflu, à la surabondance d’accessoires et de poudre. Cet aspect permet à Jacques Feyder de trouver un moyen de composer le monde insaisissable et étrange de l’Atlantide, en opposition avec la vraie vie, la vie réelle et rationnelle, de laquelle viennent les deux hommes.

Ces différents univers rendent le film visuellement beau et abouti, malgré la lenteur de la première partie qui ralentit l’ouverture du film. L’action débute réellement quand les deux lieutenants se perdent, mais la fin surprend le spectateur ! Enfin, comme dans de nombreux films muets, L’Atlantide est marqué par une forte théâtralisation des corps, que Stephen Horne au piano et Frank Bockius aux percussions, ont su accompagné pendant les 2h50 du long-métrage !

La restauration en 4K

C’est en 2018, après onze mois de travail, que l’équipe des six restaurateurs ayant travaillé à partir d’une copie conservée aux Pays-Bas, présentait une restauration en 4K* de L’Atlantide au Festival du film muet de Pordenone. L’accompagnement musical y fut primé. Depuis cette date, la restauration accompagnée de cette bande musicale n’avaient pas été rejouées. Le Centre Wallonie-Bruxelles profita alors des 100 ans du film pour organiser cette projection !

Un classique à voir !

* Le 4K est un format d’image en ultra-haute définition, très utilisée pour la diffusion des films en numérique.

 

Visuel ©Lobster Films

Accompagnement musical :
– Piano : Stephen Horne
– Percussions : Frank Bockius

Date : 14 Décembre 2021

 

 

 

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Chloé Coppalle

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