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L’adaptation de Madame Bovary de Chabrol disponible sur Netflix

L’adaptation de Madame Bovary de Chabrol disponible sur Netflix

15 février 2021 | PAR Salome Helgoule Vallot

Netflix s’est offert Truffaut, Sautet et Godard, c’est maintenant au tour de Chabrol de rejoindre le catalogue avec notamment sa superbe adaptation de Madame Bovary, disponible dès aujourd’hui.

Isabelle Huppert est terriblement vénéneuse, Jean-François Balmer terriblement grotesque. Le couple Bovary est magnifiquement bien incarné par deux des acteurs fétiches de Chabrol. L’on est aussi excédé par la lourdeur du mari que la vanité de la femme. Mais peut-être Isabelle Huppert brille-t-elle trop par sa sensualité pour être la Madame Bovary pathétique de Flaubert. Emma vit dans une illusion qu’elle ne saisit pas immédiatement : les mœurs de la petite bourgeoisie et la délicatesse des danses de bals lui sont étrangères. Elle fait inévitablement tâche au milieu des vicomtes et duchesses ; Isabelle Huppert, elle, joue une Emma Bovary si vite à l’aise qu’elle brise la simple rêverie et se projette dans ce monde orné de draperies et d’orfèvreries. 

« Son cœur était comme eux : au frottement de la richesse, il s’était placé dessus quelque chose qui ne s’effacerait pas. » Emma ne cesse de se remémorer la soirée. Ce bal, c’était « le plus beau jour de sa vie ». Son quotidien auprès de son mari, au contraire, est une désillusion de plus en plus douloureuse. Emma veut vivre la grande vie et n’hésitera pas à s’endetter sur le dos de son mari pour y parvenir. Contrairement à l’adaptation de Sophie Barthes où Charles Bovary est presque effacé de l’intrigue, Chabrol réussit à saisir l’ambivalence de ce personnage aussi empâté qu’attentionné. Si le réalisateur a choisi de couper les premiers chapitres du roman où l’on suit exclusivement Charles Bovary, il fait néanmoins de ce mari insipide un personnage au centre de l’intrigue, auquel le spectateur pourrait presque s’attacher.

Alors qu’il s’était attelé à faire de son film une reproduction fidèle au texte de Flaubert, Chabrol prend quelques libertés esthétiques et pratiques. L’on peut lui reprocher notamment d’avoir négligé la passion enfantine que Emma voue aux romans d’amour et, par là même, de manquer la part sensible du personnage de Madame Bovary souvent bercée par les réminiscences que ces romans suscitent en elle. Flaubert fait une place toute particulière au rapport que Emma entretient avec la littérature, tantôt se moquant de la mièvrerie de ces romans, tantôt montrant insidieusement comme ils seront en partie responsable de la désillusion de Emma Bovary. Cette dimension, pourtant cruciale à l’appréhension du roman, n’est nullement illustrée dans l’adaptation de Chabrol.

Si l’on peut reprocher ces quelques libertés qui font que l’adaptation ne parvient pas à saisir l’essence du roman, il est indéniable qu’aucun autre réalisateur n’aurait réussi à retranscrire l’univers « bovaryen » avec autant de finesse et de sobriété. Celui qui a consacré son œuvre à la critique des mœurs bourgeoises était comme prédestiné à adapter un jour le fabuleux roman de Flaubert. Par ailleurs, ce sont sept autres de ses films qui rejoignent également le catalogue aujourd’hui dont Une affaire de femmes, L’Enfer ou encore La Fleur du mal. L’occasion de (re)découvrir le cinéma chabrolien et ses chefs d’œuvre. 

visuel: ©Affiche Madame Bovary par Claude Chabrol

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Salome Helgoule Vallot

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