Cinema

François Truffaut, le cinéma plus que la vie

François Truffaut, le cinéma plus que la vie

08 octobre 2014 | PAR Christophe Candoni

Ce mercredi, la Cinémathèque Française ouvre au public une exposition doublée d’une rétrospective consacrée à François Truffaut, trente ans après sa disparition prématurée. Un parcours documentaire et sensible dans l’œuvre du cinéaste français et chef de file de la nouvelle vague dont l’œuvre n’a eu de cesse d’exacerber une indéfectible passion de la vie et plus encore du cinéma.

Truffaut découvre le cinéma comme un adolescent frondeur – « à la faveur de l’école buissonnière » disait-il – qui séchait les heures de classe pour pénétrer dans les salles obscures sans même acheter son billet d’entrée. Sa passion ne l’a jamais lâchée. Cinéphile mordu, il est devenu le critique prolifique et redoutable assumant se ranger « du côté des sifflés contre les siffleurs », – « mon plaisir commençait souvent où s’arrêtait celui de mes confrères » avance-t-il – mettant son regard exigeant et visionnaire au service de centaines d’articles fracassants publiés dans les Cahiers du Cinéma à partir de mars 1953 puis dans l’hebdomadaire Arts.

En 1959, après quelques courts métrages, le cinéaste autodidacte et cultivé reçoit le prix de la mise en scène au festival de Cannes pour Les 400 coups. Le premier volet de la série Doinel fait découvrir le jeune Antoine, héros complexe et facétieux, attachant et tangible du cinéma français qui, sur cinq films en vingt ans, est magistralement campé par Jean-Pierre Léaud, plus qu’un acteur, un fils spirituel, un double, l’alter ego de Truffaut. La fiche de casting du tout jeune acteur, sa lettre de motivation envoyée au cinéaste, ses bouts d’essais diffusés sur écran témoignent d’une simplicité qui amuse et d’une évidence qui s’impose. Le comédien incarne la spontanéité, le charme gouailleur et innocent de la jeunesse. Cette jeunesse qui est au cœur des films de Truffaut. « L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire. (…) Lorsque j’avais treize ans, j’étais extrêmement impatient de devenir un adulte afin de pouvoir commettre toutes sortes de fautes « impunément » déclare Truffaut qui pourtant magnifie à l’écran l’âge qu’il considère ingrat.

A la fois chronologique et thématique, l’exposition, ses images, ses sons, sa musique, fonctionnent comme la réminiscence d’un souvenir, d’une émotion vibrante, d’une humeur de spectateur devant des films qui l’ont tous profondément marqué. Le sentiment à vif, c’est la matière principale d’une œuvre à fleur de peau. La vie, l’amour, la mort sont des thématiques forcément violentes mais traitées avec une classe folle, un humour, un mystère, un charme désabusé, une ardeur, une urgence aussi… « Je veux que mes films donnent l’impression d’avoir été tournés avec 40 degrés de fièvre » insiste-t-il. Education sentimentale et errance solitaire s’y conjuguent dans les scénarios et les images. Jules et Jim, La Sirène du Mississipi, Le Dernier métro, L’histoire d’Adèle H, tous tissent le fil d’une obsessionnelle mise en scène de relations amoureuses forcément confuses, douloureuses, cocasses, imprévisibles, subversives.

En plus d’extraits de films et d’interviews, sont exposés par centaines des documents originaux d’archives confiés par sa société de production, Les Films du Carrosse. Des raretés, des inédits. Beaucoup d’écrits et de ratures sur des carnets, des lettres et télégrammes, des scénarios annotés. Truffaut note tout, consigne, classe, archive avec minutie et compulsion. Des photos en abondance, de tournages principalement où l’ambiance s’affiche à la fois intime et concentrée. Les acteurs les plus impressionnants de sa génération y sont : Deneuve, Depardieu, Ardant, Baye, Adjani, Moreau, Belmondo, Trintignant entre autres.

Le cinéma de Truffaut s’expose radieux tandis que l’homme reste plus dans l’ombre. L’exposition révèle sans doute une personnalité complexe, en proie au doute et à une mélancolie profonde, mais d’une manière plus en creux. Comme si l’homme ne se dévoilait qu’à travers ses films. Tout est vécu par le prisme du cinéma. Truffaut qui détestait le tourisme et ne se rendait à l’étranger que pour accompagner ses films fait de son métier son horizon, sa manière d’explorer, de s’initier. Comme la littérature, le cinéma était pour lui un voyage, promesse à la fois d’évasion et de refuge. Il comparait d’ailleurs les périodes de tournage à « un trajet de diligence au Far West ». Son élan, son désir permanent, sa nécessité de faire des films, celle qui saute aux yeux dans le bouillonnant La Nuit américaine, l’artiste l’explique en ces termes : « réaliser mes rêves d’adolescent, pour me faire du bien et, si possible, pour faire du bien aux autres ». A la cinémathèque, cet enchantement, cet amour du cinéma s’expose avec éclat et ne peut qu’être partagé.

Infos pratiques

Regine’s Club
Festival Petits et Grands
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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