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La parade, une comédie de Srdjan Dragojevic qui dresse un portrait aussi truculent qu’alarmant de l’homophobie en Serbie

La parade, une comédie de Srdjan Dragojevic qui dresse un portrait aussi truculent qu’alarmant de l’homophobie en Serbie

08 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

Révélé avec le film » We are nota Angels » (1992), Srdjan Dragojevic a conquis le public de Berin (prix Teddy du public et prix du Public de la section panorama 2012) avec « La parade ». Une comédie truculente qui évoque à la fois l’homophobie et le passé de guerre civile du pays à travers l’alliance et le road-trip détonnant entre un macho-mercenaire et un vétérinaire gay. Sortie le 16 janvier 2013.

Un vétérinaire serbe sauve in extremis le chien d’un gangster d’une blessure par balle. Au même moment, la fiancée excentrique du gangster planifie leur mariage avec … le petit ami du vétérinaire qui a dû abandonner sa carrière artistique pour se reconvertir dans le wedding planning parce que la cause gay n’ a pas droit de cité en Serbie. Pour ce dernier, s’engager publiquement pour la cause gay et permettre à la gay pride d’exister en Serbie est une condition sine qua non de sa vie dans le pays, sinon, il est prêt à fuir au Canada pour avoir le droit d’affirmer son identité. Quasi-systématiquement interdite par la police, cette fameuse gay pride a pu avoir un semblant d’existence en 2010, à Belgrade. L’idée du film est que c’est l’alliance du vétérinaire et du gangster, chacun par amour de son conjoint qui va permettre à cette parade civique d’avoir lieu. Leur alliance est tellement contre-nature que le caïd et ancien vétéran de la guerre du début des années 1990 n’arrive pas à convaincre son gang d’assurer la protection des militants pro-gays… Il part donc à la recherche d’anciens mercenaires aussi bien croates que bosnaiques ou serbes aux quatre coins du pays et emmène avec lui le vétérinaire et sa petite fiat 500 rose…

Donnant dans la caricature et aussi parfois à coeur joie dans certains clichés, « La Parade » s’immisce dans un contexte si mal connu et si complexe, qu’elle ne peut que conquérir son public avec ses deux héros parfaitement archétypaux qui paraissent comme à la fois illuminés et déplacés sous le soleil des Balkans. Quand le macho apprend que Ben Hur est un film clé de la communauté gay ou quand le vétérinaire dodu et maniéré apprend à boire cul sec sans lever le petit doigt, on rit d’autant plus volontiers que les comédiens sont formidables et que la mise en scène rythmée de Srdjan Dragojevic ne nous laisse pas le temps de souffler. A voir pour prendre un bon bol d’air, mais aussi pour se poser, à même les zygomatiques, les questions de notre propre vision caricaturale et défensive de l' »Autre ».

La Parade de Srdjan Dragojevic, avec Nikola Kojo, Miloš Samolov, Hristina Popovi?, Goran Jevti?, Serbie, 2011, 112 min, sortie le 16 janvier 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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