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Cannes 2022 : avec “Jacky Caillou”, l’ACID offre un magnétique film d’ouverture

Cannes 2022 : avec “Jacky Caillou”, l’ACID offre un magnétique film d’ouverture

19 mai 2022 | PAR Alexis Duval

Terrestre et éthéré, le premier long-métrage de Lucas Delangle, présenté en ouverture de la sélection cannoise, est une chronique d’émancipation mâtinée de conte dans une campagne montagneuse et isolée. Hybridation réussie.

 

Jacky vit dans une ferme des Alpes avec sa grand-mère magnétiseuse. Connue dans toute la région, elle soigne en se servant du pouvoir des énergies. Cette aïeule qui sent son heure venir veut transmettre son savoir à son petit-fils dont elle devine les prédispositions. Malgré son jeune âge, l’adolescent a déjà perdu son insouciance après la mort de ses parents. Il trouve un exutoire en composant une musique dont les nappes lui offrent un peu d’’apaisement. Dans les montagnes, on crie au loup. Grâce à ses dons naissants, Jacky va tout faire pour mettre fin aux dégâts causés par le dangereux canidé…

Un an après le jubilatoire Teddy (2021) des frères Ludovic et Zoran Boukherma – dont le premier film, Willy Ier, avait été présenté à l’ACID en 2016 -, la présence d’un lycanthrope dans l’intrigue de Jacky Caillou, prometteuse ouverture de la sélection cannoise cette année, interroge : la figure du loup-garou hanterait-elle le cinéma d’auteur français ? Le parallèle entre les deux films s’arrête là. Chez Lucas Delangle, on s’éloigne du film de genre pour tenter l’hybridation. Résultat : une chronique d’émancipation mâtinée de conte dans une campagne montagneuse et isolée. Et c’est fort réussi.

Animalité dramaturgique

Thomas Parigi, interprète du rôle-titre, est un nouveau visage bienvenu dans le cinéma français. Il développe un jeu particulièrement instinctif et magnétique – ça tombe bien. Aperçue dans le déchirant De son vivant d’Emmanuelle Bercot, Lou Lampros est parfaite en louve-garou. Son animalité dramaturgique et sa beauté anguleuse font des merveilles. Et permettent à son personnage de prendre tous ses atours allégoriques. 

Le cadre des Alpes-de-Haute-Provence, dont les reliefs escarpés voisinent de verdoyants pâturages, occupe à lui seul un rôle à part entière. Ses aspérités sont autant d’éléments utilisés pour tirer le fil de l’intrigue. Jacky puise par exemple une partie de son énergie dans les arbres qu’il enserre après l’effort. Terrestre et éthéré, enraciné et évanescent, concret et impalpable, le premier long-métrage du réalisateur, qui a fait ses armes à la Femis, est un pont entre deux rives qu’on croirait impossible à joindre. On salue ainsi la prise de risque comme la réalisation soignée.

Crédits photos : Best Friends Forever

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Alexis Duval

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