Cinema
Cannes 2022, ACID : Yamabuki, peinture sociale conduite avec talent et justesse

Cannes 2022, ACID : Yamabuki, peinture sociale conduite avec talent et justesse

23 juin 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

La peinture d’existences difficiles face à une réalité laissant peu de chances, dans une région minière du Japon : un film où le regard du cinéaste et l’inattendu qu’il ménage marquent.

Une région rurale et montagneuse du Japon. Dans l’entreprise minière du coin travaille Chang-su, qui n’a qu’un objectif : gagner plus. Il est un immigré venu de Corée du Sud pour rembourser ses dettes. Non loin de là vit aussi un policier, qui a une fille au lycée local qui se pique d’aller à des manifestations, réunissant relativement peu de monde. De façon un peu fatale, ils vont se croiser. Et ce sont surtout les difficultés sociales auxquelles ils sont confrontés qui vont alors entrer en résonance.

Réalisé par le japonais Juichiro Yamasaki, ce long-métrage nimbé d’un gris réaliste et en même temps un peu vaporeux – avec une photo signée par Kenta Tawara – accroche en premier lieu par ses plans, précis, saisissant les visages des protagonistes en présence et s’affairant à faire surgir l’humanité de ces derniers, tout autant que son inscription dans un contexte social très précis. Le montage, très maîtrisé et dirigé également par le réalisateur, offre au film une belle respiration, prenant le temps qu’il faut pour ménager à ces visages de magnifiques et expressifs surgissements sous la lumière de la caméra, où leurs traits et ce qui les anime saisissent l’œil du spectateur.

A d’autres moments, ce sont les paysages de la région où se passe le récit qui trônent, minéraux, monolithiques et assez imposants, soumettant les protagonistes à leur dure réalité. Au final, si les existences décrites par le long-métrage n’apparaissent pas totalement inédites, la délicatesse de l’œil du réalisateur et son talent suffisent pour créer un sentiment de proximité avec le contexte qu’il peint. Avec également des éléments surprenants qui viennent marquer l’esprit, tel ce générique de fin inattendu, porteur d’une symbolique à la fois ouverte et ici esthétique, et ce pas vainement. Comme un petit instant suspendu, dans lequel on a envie de se replonger pour voir.

Présenté au sein de la programmation de l’ACID pendant le Festival de Cannes 2022, Yamabuki sortira dans les salles de cinéma françaises distribué par Survivance.

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Visuel : © Survivance

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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