Cinema

La cinémathèque découpe Fritz Lang et son chef d’oeuvre, Metropolis

18 octobre 2011 | PAR Coline Crance

L’exposition Metropolis du 19 octobre au 29 janvier 2011, permet de découvrir le film à travers son scénario, du prologue dans la cité moderniste à la scène finale dans la cathédrale. Les six grandes séquences du film ( la cité des fils, la Ville Ouvrière, La Ville Haute, le laboratoire Rotware, Les Catacombes, La Cathédrale) servent de parcours et sont illustrés par des projections et des pièces uniques , dessins originaux des décorateurs, robot de la « femme-machine », costumes, appareils, photos de plateau qui plonge le visiteur dans les entrailles de ce film grandiose.


Metropolis a été tourné entre 1925 et 1926 dans trois des plus grands studios de Neubabelsberg dans la banlieue de Berlin. Trois cents onze jours et soixante nuits de tournage ont été nécessaire pour terminer cette oeuvre grandiose. Outre les huit acteurs principaux, il a fallu engager sept cents cinquante acteurs pour les petits rôles et, il paraît vingt cinq milles figurants. Plus de six millions de marks furent dépensés pendant le tournage, soit un dépassement de cinq millions sur le budget prévu. La cinémathèque rend hommage à ce film brillant, virtuose et visionnaire que son aventure filmique confirme par la suite. Metropolis se situe déjà dans une période charnière du cinéma. Il est à la fois le dernier film expressionniste et le premier de la Nouvelle Objectivité. Oeuvre moderne  et effrayant, elle filme l’ épopée du travail tayloriste, de a technologie et de la collectivité. Il marque par ailleurs l’apogée du film muet qui est également représenté par le Faust de Murnau et le grand Napoléon de Gance. Cette ambiguïté et ce tournant à la fois dans l’art cinématographique est mis en exergue à travers l’exposition de la cinémathèque. On a en effet, rapidement l’envie de l’associer au futur cauchemar nazi restant alors sur le simple aspect prophétique de  ce chef d’oeuvre de Fritz Lang.

Mais c’est surtout visuellement, techniquement et au point de vue du spectaculaire que Metropolis s’affirme comme une oeuvre phare pour l’histoire du cinéma. Les nouveaux procédés de prise avec miroirs permettent de composer des images en trompe-l’oeil avec des décors qui semblent gigantesques, ancêtres de projections frontales développés par Kubrick dans notamment 2001 , Odyssés de l’espace. L’exposition même si elle use et abuse des décompositions soigneusement faîtes chapitres par chapitres, à au moins le mérite de mettre en valeur la puissance technologique et esthétique mise en place par Fritz Lang. Le stade de sport monumental, où le spectateur fait la connaissance du jeune Freder, est construit sur le style de la Nouvelle Objectivité. Chaque lieu dans Metropolis est teinté d’une importance esthétique particulière porté toujours par cette vision profondément christique qui reste malgré les chapitres, le fil rouge de ce film. Quand Rotwang poursuit Maria dans les catacombes, un lieu d’horreur émerge de ce cadre représenté sous un angle chrétien. La mythologie traditionnel, les symboles christiques sont le leitmotiv, la force esthétique et technologique de ce film. Pour la « vision de Babel », mille figurants ont eu le crâne rasé et ont tiré une maquette en parpaing à travers le Volkspark Rehberge de Berlin. La tour, elle-même a été construite en modèle réduit.

De chapitre en chapitre , le visiteur  visite les entrailles de l’un des plus grands chef d’oeuvre du cinéma qui a pourtant bien failli disparaître. Lors de sa présentation le 10 janvier 1927 à l’UFA théâtre de Berlin dans sa version originale, il rencontre un cuisant échec auprès du public et des nombreux critiques. Néanmoins il est défendu par les avant-gardistes comme Luis Bunuel et la presse intellectuelle en tête. Mais il reste pour autant difficilement visible. Une version courte est présenté en France et le filme est massacré aux Etats-Unis par le romancier Channing Pollock. Pourtant comme le relate le documentaire présenté au cours de l’exposition , ce film ne cesse d’intriguer les différents cinéphiles du monde entier. Un jour chez les russes, après la reprise de Berlin lors de la fin du III Reich, ils mettent en place une politique de préservation des bobines du film dans sa version intégrale dont une des parties manquantes est détenue par les américains et la Paramount. La course au plan manquant durent de 1980 à 1990. C’est grâce à une découverte miraculeuse en 2008 au musée Del cine de Buenos Aires que la version intégrale du film de Fritz Lang peut être reconstruite.

Le film ressort dans sa version intégrale en salle le mercredi 19 Octobre en lien avec l’exposition actuelle de la cinémathèque. Pour connaître les évènements autour de l’exposition : ici


Infos pratiques

La Loge en péril. Concert de soutien ce week-end.
Anne Brouillard à l’Art à la page
Coline Crance

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