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[Cannes, Un certain regard] « Taklub », naufrages et reconstruction après le Tsunami par Brillante Mendoza

[Cannes, Un certain regard] « Taklub », naufrages et reconstruction après le Tsunami par Brillante Mendoza

19 mai 2015 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’on l’avait laissé avec Captive en 2012 (voir notre critique berlinoise), Taklub (Le piège) signe le retour de Brillante Mendoza, maître philippin, Prix de la mise en scène en 2010 à Cannes pour Kinatay. Un portrait beau et terrible de l’après-Tsunami. 

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Un an après le Tsunami Haiyan, un ensemble de familles endeuillées continue d’endurer des épreuves dans leurs logis de fortune, exposés au danger récurrent des flots. Mais les malheurs ne sont pas terminés : l’accident d’une famille de 5 personnes brûlées vivantes dans sa tente est suivi du retour d’un typhon qui effraie les survivants. Au point que sous l’égide de la douce Bebeth (Nora Aunor) ils s’organisent pour arrêter l’enchaînement des catastrophe.

Avec une photo toujours aussi magnifique et toujours signée par Qdyssey Flores, Brillante Mendoza raconte le deuil et la survie après le terreur du typhon. Plantant son objectif dans la beauté désemparée d’une communauté sans autre choix que continuer de vivre dans l’œil du cyclone, il rend compte d’une réalité philippine qu’on ne peux pas comprendre en regardant les infos : l’importance de la foi, des processions, des crucifix avec la peur que Dieu les ait abandonné, l’omniprésence de l’entraide, du don, et de la charité pour les familles en deuil. Et la vie aussi, le besoin de danser après la pluie, même veuf, même orphelin, même après avoir perdu un ou plusieurs enfants. Ce que nous montre Mendoza est terrible et pourtant ne plombe à aucun moment tant il décrit dans ses nuances une humanité qui ne se résigne pas à l’anéantissement. Sur un rythme lent, avec plusieurs personnages principaux pour éviter de tomber dans le trop-plein d’émotion, il peint son pays face à la catastrophe comme un paysage de grand maître. Un film beau et qui se mérite !

Taklub, un film de Brillante Mendoza. Avec Nora Aunor, Julio Diaz, Soliman Cruz, Lou Veloso, Ruby Ruiz. Durée : 1h37.

Visuels : © Films Distribution

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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