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Cannes 2019, Un certain regard: « Port Authority », une immersion queer newyorkaise signée Danielle Lessovitz

Cannes 2019, Un certain regard: « Port Authority », une immersion queer newyorkaise signée Danielle Lessovitz

19 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Port Authority, premier long métrage de l’américaine Danielle Lessovitz (qu’on avait découverte à la Quinzaine avec Mobile home) met en avant des grands acteurs, mais oublie de trouver sa propre voix sur le thème de la confrontation à la différence. Un film aux belles scènes queer, présenté en section Un Certain regard en ce Festival de Cannes 2019. 

Tout juste débarqué de son Pittsburgh natal à la fameuse station de bus Port Authority de New-York, Paul (Fionn Whitehead, qu’on a vu dans Roads et Dunkerque), 20 ans, n’est pas attendu comme il se doit par sa demi-soeur. Dépité, il se laisse arrêter néanmoins par un groupe de danseurs queer dont la fascinante Wye (l’icône Leyna Bloom). Il finit par se lancer seul dans la ville et finit pas loin de Harlem où il est agressé. Un jeune de son âge vient à sa rescousse et lui offre un toit et un drôle de job. Paul retrouve la belle Wye dans un studio de danse et apprend peu à peu à la connaître, elle qui vit avec ses « frères » dans un appartement très bordélique au contraire du studio où la discipline du groupe se forme, comme une petite société à part. Ce premier amour est le moment de l’expérience de la différence pour le jeune homme assez paumé.

Immersion léchée dans le monde du Queer, Port Authority fascine par ses deux acteurs principaux. L’intrigue, elle, reste assez convenue et les dialogues enfoncent parfois trop de portes ouvertes. Traversée de oui/non exagérés à l’écran, faussement insérée dans un contexte de jeunesse délinquante qui va rentrer dans le rang comme au meilleur de Sundance, la recherche de sa sexualité reste très en surface. Et cette « coming to age story » suit studieusement les attentes du genre et aligne trop les clichés sur le genre et la confrontation à l’autre. Les personnages auraient gagné à êtres creusés (y compris les personnages secondaires), les scènes de danse – aussi belles soient-elles – ne suffisant pas à forger un film. Reste l’underground de Harlem, fascinant et niché, qui résonne bien plus fort et juste dans le film que les grands couloirs de la gare de Port Authority.

Port Authority, de Danielle Lessovitz, avec Fionn Whitehead, Leyna Bloom, McCaul Lombardi, USA, 2019, 1H34
visuel : photo officielle du film / Mk2 / DR

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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