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Captive, Isabelle Huppert otage dans le beau film de Mendoza

Captive, Isabelle Huppert otage dans le beau film de Mendoza

13 février 2012 | PAR Olivia Leboyer

Isabelle Huppert avait primé Brillante Mendoza à Cannes pour son étrange et violent Kinatay, il y a quelques années (2009). La voici aujourd’hui otage de son nouveau film, le beau Captive. En compétition à la Berlinale 2012.

Mendoza montre une prise d’otages aux Philippines, par un groupe d’islamistes du groupe Abu Sayyaf (ASG). Dès les premières images, nous sommes plongés dans la brutalité de l’attaque, à la hauteur des douze otages, touristes ou missionnaires humanitaires. Parmi eux, Isabelle Huppert, dont la blondeur et le teint pâle tranchent nettement (c’était déjà le cas dans White Material de Claire Denis). Elle est Thérèse, une figure presque christique, missionnaire venue aux Philippins avec ses cartons pleins de Bibles à distribuer… L’icône Isabelle Huppert est ici malmenée, brisée, rudoyée : ici, elle est anonyme, étrangère et pourtant totalement à sa place : c’est certainement l’un des plus beaux rôles de cette magnifique otage du cinéma.
Brillante Mendoza suit à la trace les otages ballottés à travers la jungle philippine, sublime et terrifiante. A la manière d’un organisme vivant, le petit groupe trouve peu à peu ses propres codes, son mode de fonctionnement oscillant entre espoirs et résignation. Les négociations pour la rançon échouant systématiquement, les otages apprennent progressivement à survivre au milieu de la forêt, avec leurs bourreaux, dont l’organisation et la vision du monde semblent bien rudimentaires ! Très beau, Captive nous communique un ensemble de sensations vives et confuses, tout étant filmé de la même façon, les micro-événements comme une attaque de guêpes, une couleuvre avalant un oiseau, un étrange mariage, ou l’annonce à la radio des attentats du 11 septembre.
En perte de repères, les otages cheminent imperturbablement dans la jungle, en une sorte de calvaire sans fin ni but. Un long fleuve tranquille, sous le joug d’armes prêtes à faire feu à tout instant. Si le contexte politique est bien précisé, il y a dans ce film quelque chose d’intemporel, qui résiste à l’analyse. Mendoza nous fait ressentir la captivité au plus près des corps, dont on voit toutes les boursouflures, piqûres, blessures. Des scènes ouvertement violentes alternent avec des scènes plus détendues, parfois comiques, à la fois absurdes et très humaines. De petites bouffées de respiration, au milieu d’une touffeur étrange et véritablement captivante !

Captive, de Brillante MA. Mendoza, France/Philippines/UK/Germany, 2012, 120 minutes ; avec Isabelle Huppert, Kathy Mulville, Marc Zanetta, Rustica Carpio, Ronnie Lazaro, Maria Isabel Lopez, Angel Aquino, Sid Lucero. En compétition.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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