Cinema

Cannes 2019, Un certain regard : « Une grande fille », drame russe cru et habité

Cannes 2019, Un certain regard : « Une grande fille », drame russe cru et habité

17 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce nouveau film du réalisateur révélé par Tesnota – Une vie à l’étroit (interview vidéo ici) convainc grâce à son rythme particulier, ses qualités esthétiques et ses magnifiques actrices, soignantes dans une Russie amochée par la Seconde Guerre mondiale.

Dans le monde russe, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, deux jeunes femmes ayant servi sur le front, aux séquelles impressionnantes, essayent de vivre comme elles le veulent. En vain… Dans un décor d’hôpital soviétique aux soignants dépassés et aux pensionnaires de toute façon condamnés, les deux héroïnes peu banales du nouveau film de Kantemir Balagov (interview vidéo ici) révèlent peu à peu leurs liens et leurs personnalités.

Masha a vu les combats, puis leurs conséquences, lui prendre ses êtres chers : elle sourit et s’extasie, néanmoins, tout en entreprenant la reconquête de ce qu’elle a perdu, à n’importe quel prix. Dans ce rôle, Vasilisa Perelygina scotche littéralement : elle apparaît comme une bombe emplie d’âme tchekhovienne, jusqu’à ras bord.  Son éternelle camarade est la « grande fille » du titre, Iya (intense Viktoria Miroshnichenko) : pâle, en proie à de graves crises de raidissement, soumise, torturée, dotée d’un corps disponible… Elle ne ressemble guère à Masha, mais partage de semblables cicatrices.

Esthétique et sombre, emportée dans les sentiments qu’elle peint et lente, comme anxiogène un peu : la réalisation de Kantemir Balagov donne à ressentir la mort et l’échec – le destin ? – qui rôdent dans cet établissement pour malades condamnés. Lorsqu’il s’agit de signer des scènes anthologiques, avec un peu d’humour (très noir), la maestria est là, mais pas la prétention. Et le film ne compte qu’une scène atroce.

Malgré quelques passages trop étirés dans son récit, sa capacité à suggérer l’impossibilité de la reconstruction russe après la Seconde Guerre mondiale impressionne, car il convoque des images très physiques et crues, davantage en mots qu’en gestes. Tant et si bien que son climat et ses thèmes finissent par se faire mordants, et viscéraux. Festival d’âme russe et de destins originaux, il étonne et impressionne au final.

Une grande fille sortira dans les salles françaises le 21 août.

Geoffrey Nabavian

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuels : © ARP Selection

« Plop » de Rafael Pinedo : Un roman dégueulasse (au bon sens du terme)
Gagnez 2×2 places pour le concert de Franglish
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *