Cinema
Cannes, compétition : « La Grande Bellezza » : Rome, une ville qui n’en finit pas de mourir sublimée par la caméra de Paolo Sorrentino

Cannes, compétition : « La Grande Bellezza » : Rome, une ville qui n’en finit pas de mourir sublimée par la caméra de Paolo Sorrentino

21 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

Après une escapade hors Italie avec This must be the place (sélection 2011) et un prix du Jury en 2004 pour Il Divo, le Wunderkind du cinéma italien est de retour sur la Croisette, en compétition, pour la 4e fois, avec un film lancinant de beauté, porté par son comédien fétiche, Toni Servillo. Un voyage au bout de la nuit romaine qui est notre coup de cœur absolu de la première semaine du festival.

 

 

À Rome, l’été brille de mille feux. Après 40 ans dans la capitale, l’écrivain (d’un seul roman de jeunesse) et critique d’Art Jep Gambardella mène une vie de jetsetteur à l’ancienne. Invitant les convives de son vaste réseau vieillissant à venir festoyer sur sa terrasse d’où l’on voit le Colisée, il n’est jamais couché avant l’aube, où le peuple qui travaille commence ses journées. La fête n’en finit pas d’imposer ses artificialités et ne suffit pas à divertir l’élégant esthète fêtant ses 65 printemps pleinement conscient qu’il a gâché son talent et qu’il est en train de noyer la vie qui lui reste. Seuls demeure la beauté de la ville éternelle, ses rues, son Tibre, ses collines et ses palais dont Jep a, grâce à un ami, toutes les clés. Une grande beauté d’autant plus immortelle qu’elle n’en finit pas de mourir.

Film très profond sur la vacuité et sur la superficialité de l’existence, La Grande Bellezza montre une décadence infinie à travers le regard cultivé, cynique et amoureux de Rome de son personnage principal. Fidèle à son sens inné du baroque et à sa photo éblouissante, l’inimitable Sorrentino plonge son spectateur dans une nostalgie à la fois paralysante et douloureusement réflexive, où chaque image exhale la plus grande beauté d’une ville romaine et une civilisation européenne qui n’en finissent pas de décliner depuis 150 ans. Mais au moins, les héros grotesques et ricanants du film le font avec autant de classe que des personnages viscontiens, là où les mass médias imposent partout ailleurs une vulgarité qui empêche de voir la réalité en face. Un film à la fois fou et lucide, à laisser décanter comme un grand cru de Montepulciano d’Abruzzo.

La Grande Bellezza (The great beauty) de Paolo Sorrentino, avec Toni Servillo, Sabrina Ferilli, Carlo Verdone, Giorgio Pasotti, Isabella Ferrari, Serena Grandi, Massimo Popolizio, Italie, 142 min. En compétition.

http://www.youtube.com/watch?v=HC6vSKryJl8

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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