Cinema

Les salauds, Claire Denis nébuleuse pour la sélection cannoise d' »Un certain regard »

Les salauds, Claire Denis nébuleuse pour la sélection cannoise d' »Un certain regard »

21 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

L’œil acéré de la réalisatrice de « White material » (2010) « 35 rhums »(2009) et « Trouble every day » (2001) s’est posé sur un frère venu à la rescousse de la famille de sa sœur déchirée par un suicide. « Les salauds » est un film sur un sujet et aux teintes très sombres, qui propose de belles images et un casting de choc, mais qui peine à transmettre un message.

Commandant dans la marine, père divorcé de deux filles, Marc Silvestri ( Vincent Lindon) se sent obligé de laisser sa carrière d’évasif pour venir en aide à sa sœur, Sandra (Julie Bataille) dont le mari s’est suicidé et dont la fille (Lola Créton) a subi de terribles sévices sexuels. Il vend tout pour sauver de la faillite l’industrie qu’il avait laissée à sa sœur et à son mari et tente de découvrir ce qui s’est passé pour sa nièce. Pour ce faire, il emménage dans un immeuble du 17ème arrondissement pour être au plus près de celui que sa sœur désigne comme responsable du triple drame (suicide, faillite et trauma de la petite). Ce faisant, Marco découvre que le suspect a une jeune femme, séduisante et malheureuse (Chiara Mastroianni). Une autre femme à sauver, donc…

Evoluant dans le clair-oscur des deux appartements, de l’étage qui les sépare et de la banlieue parisienne, la nuit, Claire Denis met en scène l’enquête d’un Vincent Lindon toujours plus bluffant dans ses partitions. Certaines images sont superbes, notamment les ébats avec Chiara Mastroianni ou une scène d’accident silencieux de voiture. Mais pondu en une semaine sur injonction de Vincent Maral, le synopsis du film s’attaque à un thème trop important pour se contenter de pointillés. Les sévices sexuels perpétrés au sein de la même famille ; la responsabilité déclarée du père, celle, passive, de la mère, sont un sujet grave. Et Claire Denis suggère qu’elle aurait pu le traiter avec toute l’intelligence et la profondeur qu’il mérite, notamment quand Vincent Lindon parle de « contagion » de perversion dans la famille. « Utiliser » la nudité de la jeune et talentueuse Lola Créton et la faire marcher, sans la laisser s’exprimer autrement que par le sang coulant sur ses cuisses dans les rues de Paris ne suffit pas à bien poser la question que propose le film. Dans « Les salauds », l’impressionnisme fige le questionnement, alors même qu’une des plus grandes forces de Claire Denis est de savoir prendre ses sujets à bras le corps. On se laisse porter par la beauté des images, mais on se demande tout au long du film où la réalisatrice veut en venir et on reste sur sa fin après une dernière scène aussi brutale qu’attendue.

« Les salauds », de Claire Denis avec, Chiara Mastroianni, Vincent Lindon, Julie Bataille, Lola Creton, France, 2013, 1h40, Wildbunch. Sélection « Un certain regard », sortie le 7 août 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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