Théâtre
« La vie de Galilée » burlesque et profondeur, pour un cocktail remuant

« La vie de Galilée » burlesque et profondeur, pour un cocktail remuant

21 mai 2013 | PAR Fatima-Ezzahrae Touilila

Au Lucernaire, la Compagnie du Grand Soir nous joue l’adaptation de « La vie de Galilée » de Brecht par Christophe Luthringer. Une autobiographie théâtrale, qui narre le combat de Galilée contre l’Ordre établi, l’autorité, jusqu’à l’abjuration de sa théorie devant les menaces de tortures de l’Inquisition. Ce qui n’est pas loin de nous rappeler l’exil de Brecht fuyant une Allemagne nazie, qui  ne réserve guère un sort plus favorable à ses détracteurs. 

credit galilee affiche

 Un Assurancetourix,qui se fait conteur au chant  décalé d’un ukulélé. Pour tout décor une malle noire,  énorme et impersonnelle,  qui à mesure de ses déplacements structure la scène et l’histoire.Et, affalé à terre,  le regard vide, un Galilée,  que seule anime la visite de son élève, un enfant Andréa,  trop occupé à faire comprendre à son maître « qu’il voit bien lui que le soleil le matin s’arrête ailleurs que le soir, et que si la terre tournait il serait la tête en bas ». Avant que n’apparaisse une mama italienne,(délicieusement excessif Aurélien Gouas) qui essaie de convaincre Galilée de prendre des élèves pour payer le laitier.

C’est ainsi que s’ouvre la souveraine adaptation de l’œuvre ultime de Brecht, par Christophe Luthringer. Véritable oxymore animée, alliant burlesque, grotesque,  simplicité et profondeur,  Christophe Luthringer nous dévoile un Galilée torturé, génie aveuglé, prophète sacrifié, mais aussi simplement homme, capable  de compromissions et de faiblesses, effrayé, qu’incarne avec foi et passion Régis Vlachos.  Mais il n’en fait pas pour autant oublier les autres acteurs, tous irradiants d’énergie, qui n’en finissent pas d’apparaître et de disparaître dans un tourbillon de couleurs, d’invention scénique et mimétique folles et  de philosophie. Alors que Galilée menace « de détruire le ciel étoilé », le système de Ptolémée est par là d’infliger à l’humanité sa première blessure narcissique, Luthringer  remue  frontières, et codes de l’espace théâtral,  entre autres par des mises en abîme dont il serait presque criminel de dévoiler ici l’objet.

Mise en scène géniale, acteurs passionnés, costumes à la fois excessifs et dépouillés, nous révèlent toute l’intensité du texte d’un texte que Brecht n’a cessé de remanier jusqu’à sa mort. Plaidoyer humaniste au nom de la Raison, du doute fondateur et guide, contre l’Eglise, la Science même, Galilée nous faisant remarquer « Pourquoi vouloir être savant, quand on peut être moins bête ? ».  La pièce et la découverte de Galilée se font les métaphores d’un monde où les préjugés sont fixes comme la terre, où l’on craint le vertige du doute. Mais une chose est sure, lorsque les acteurs s’éclipsent et que le rideau tombe, ce n’est pas que la terre qui bouge, mais aussi les certitudes du spectateur, qui  se demande s’il  doit rire ou penser.

Informations praiques: du 27 février au 22 juin 2013, du au mardi au samedi à 21h30,dimanche à 17h, durée: 1h10, tarif étudiant: 15 euros, plein tarif: 30 euros, tarif seniors: 25 euros. Pour réserver cliquer ici.

Citations: extraites de la pièce

Image: (c) affiche de la pièce

 

Cannes, compétition : « La Grande Bellezza » : Rome, une ville qui n’en finit pas de mourir sublimée par la caméra de Paolo Sorrentino
Vies de Mafia de Delphine Saubaber et Henri Haget, quand l’enfer côtoie le paradis…
Fatima-Ezzahrae Touilila

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture