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[Cannes 2021, Compétition] Lingui, les liens sacrés, un film engagé nécessaire où certaines séquences frappent fort

[Cannes 2021, Compétition] Lingui, les liens sacrés, un film engagé nécessaire où certaines séquences frappent fort

09 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Signé par le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, ce film magnifiquement interprété plonge dans des sujets nécessaires à traiter, avec un ton simple qui laisse parfois surgir aussi des moments très durs. En compétition à Cannes 2021 pour la Palme d’or.

Lingui, les liens sacrés suit la vie d’Amina, femme regardée de haut par tout le monde dans son quartier car mère d’une fille née hors mariage. Dans la banlieue tchadienne où elle habite, les horizons sont rares, la religion musulmane pratiquée de manière intégriste tient une grande place, et les hommes décident de tout. Amina découvre un jour que sa fille Maria, âgée de quinze ans, est enceinte. Elles vont alors unir leurs forces pour permettre à l’adolescente d’avorter, un droit qu’elle n’ont légalement pas, à l’endroit où elles vivent.

Superbes actrices et acteurs

Mis en scène et raconté avec simplicité, ce film de Mahamat-Saleh Haroun (Un homme qui crie, Grigris) vaut avant tout pour son casting. Toutes les actrices y apparaissent bouleversantes de naturel et d’humanité, qu’il s’agisse d’Achouackh Abakar (déjà dans Grigris), splendide dans les scènes où son visage est cadré en gros plan et inondé de soleil malgré les difficultés qu’elle subit, notamment, ou de Rihane Khalil Alio, fiévreuse et engagée dans le rôle de sa fille.

On retrouve la même force chez Briya Gomdigue, qui incarne la sœur en apparence plus privilégiée et « dans le droit chemin » – dicté par des hommes pas très malins – par rapport à Amina, mais aussi chez les personnages masculins : certains apparaissent très naturels et donc ouvertement menaçants du fait de l’engagement de leurs interprètes, comme l’imam intégriste venant sans arrêt sommer l’héroïne et sa fille de faire toute leur vie en fonction de leur religion, tandis que d’autres, tel Brahim (Youssouf Djaoro, acteur dans Un homme qui crie, Daratt, Saison sèche ou Au fil d’Ariane), paraissent très débonnaires.

Des scènes fortes

Mais dans ce cadre parsemé d’interdits et de pauvreté, pourtant inondé de soleil, c’est lors de certaines séquences que l’on se sent le plus frappé : la visite de la sœur là où habitent les deux héroïnes reste une scène marquante, car elle ne révèle la raison de l’aide dont elle a besoin qu’après une discussion avec Amina, dans laquelle cette dernière lui rappelle qu’elle la rejeta dans le passé à cause de sa « mauvaise nature » de fille-mère. Un échange énergique, mais aussi assez « chantant » et solaire. La sœur lâche alors le péril qui menace sa toute jeune fille, qui l’accompagne. On prend cette annonce en plein cœur.

Vers la fin, aussi, un personnage est puni, le temps d’une scène très sobre, où les coups sont assénés de façon directe et non spectaculaire. De même, l’acte rompt avec l’ambiance solaire du film, et crée un contraste assez saisissant. Film de toute façon à faire, Lingui, les liens sacrés s’engage au final de manière simple, sans effets trop appuyés. On peut préférer la manière engagée de Rehana Maryam Noor (critique ici), lui aussi montré à Cannes, mais la simplicité du film de Mahamat-Saleh Haroun sait faire son effet.

Lingui, les liens sacrés est présenté au Festival de Cannes 2021, en compétition pour la Palme d’or. Il sortira dans les salles de cinéma françaises le 8 décembre, distribué par Ad Vitam.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021

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Visuel : © Pili Films/Mathieu Giombini

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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