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[Cannes 2021, Compétition] Julie en 12 chapitres, l’art du portrait réussi par Joachim Trier

[Cannes 2021, Compétition] Julie en 12 chapitres, l’art du portrait réussi par Joachim Trier

09 juillet 2021 | PAR Yaël Hirsch

En compétition,  Julie en 12 chapitres du cinéaste norvégien Joachim Trier est un portrait très réussi d’une jeune femme moderne. Renate Reinsve crève l’écran, et des questions de jeunes adultes et de générations importantes sont soulevées dans le sillage de son éclosion. 

Une jeune femme moderne 

Julie est une brillante et studieuse étudiante en médecine quand elle décide de tout plaquer : petit ami et chirurgie. Elle embrasse la psycho puis la photo jusqu’à ce qu’elle tombe sur le dessinateur Aksel (on retrouve Anders Danielsen Lie). Il a quinze ans de plus qu’elle et des amis un peu trop sérieux avec des enfants, mais ils se sont trouvés. Elle est libraire le week-end et tente d’écrire et de repousser l’échéance du bébé. Jusqu’au jour où il signe un autre album et elle s’incruste à une fête. 

5 ans dans la vie d’une femme à Oslo

Après nous avoir promené 24 heures dans sa ville dans Oslo, 31 août, Joachim Trier semble prolonger l’été pour l’étirer jusqu’à 5 années et 12 chapitre (plus prologue, plus épilogue) où il semble toujours faire doux avec de la lumière. La photo est précieuse et l’on voit son personnage féminin se chercher : artistiquement, vis-à-vis de sa propre famille et sexuellement et amoureusement. Avec une indépendance difficile à prendre si ce n’est par brusques ruptures. Sublime, liane vibrante, Renate Reinsve incarne cette jeune femme d’aujourd’hui avec une flamme éblouissante. 

Fellation, relations amoureuses et générationnelles post #metoo

Or, le seul accomplissement de la jeune femme est un article qui fait mouche sur la fellation et le féminisme post #metoo. Un sujet assez révélateur d’un aspect de nos sociétés que le film saisit avec finesse et même presque tendresse : la différence d’âge du couple Aksel/Julie les place en des points cardinaux : lui, doux et merveilleux appui dans la vie intime, ne comprend pas que dessiner des nichons peut être vécu comme une offense ou pire une apologie de la culture patriarcale. La scène d’attaque à la télévision est violente et juste. Elle, bien dans son époque, l’aborde pour lui parler de certains aspects choquants de ses albums cultes ; elle intervient auprès des amis de son mec pour parler de féminisme. Ce qui ne l’empêche pas d’être aimante, amoureuse. La force du film de Trier est d’interroger le couple au plus intime avec la juste note de notre temps : celle qui parle de consentement, pas seulement « légal », mais aussi « tendre » et « communicant ». Une invitation à croire et travailler au couple, malgré tout. 

Julie en 12 chapitres, de Joachim Trier, avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum, Norvège,  2h01, en compétition, sortie française le 13 octobre 2021. 

visuel © Memento Films

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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