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«Thelma» : un merveilleux thriller surnaturel sur l’acceptation de soi signé Joachim Trier

«Thelma» : un merveilleux thriller surnaturel sur l’acceptation de soi signé Joachim Trier

15 novembre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Joachim Trier, l’un des réalisateurs norvégiens les plus prometteurs de sa génération, revient avec Thelma, un récit d’apprentissage glaçant et merveilleux sur fond de thriller fantastique. Un film incroyablement juste sur l’acceptation de soi, qui retourne intelligemment les codes du genre.

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Peu de thrillers surnaturels et/ou horrifiques osent renverser les codes du genre et explorer la relation qu’entretient une femme à son propre corps; osent rejeter la créature sexy et sans substance offerte aux regards masculins du public, et opter à la place pour la femme qui questionne – et finalement apprend – la place de son propre corps dans le monde. De l’observée à l’observante, en somme. Et c’est bien dommage, car ce genre de thrillers laisse toujours une trace dans nos esprits. On pense à Carrie (1976) ou à Rosemary’s Baby (1968). Et à Thelma, petit bijou glaçant mais magnifique signé Joachim Trier, jeune réalisateur norvégien à qui l’on doit déjà le très réussi Oslo, 31 Août (2011) et le plus décevant Louder Than Bombs (2015).

Thelma, une jeune fille timide et conditionnée par son éducation très dévote, quitte la campagne norvégienne pour étudier dans une université à Oslo. Là, elle se sent irrésistiblement attirée par la belle Anja. Alors que ses sentiments prennent le dessus, Thelma devient la proie de crises épileptiques très violentes que les médecins ne parviennent pas à expliquer. Ici donc pas de fantômes ou de démons qui malmènent une pauvre innocente, mais une jeune femme dont le rejet de soi devient violence physique portée contre elle-même et contre les autres. Face à ce désir qu’elle n’accepte pas, Thelma lutte, résiste, se dégoûte d’elle-même. Son conflit se reflète dans la réalisation, qui repose sur une dualité, une opposition: si Thelma est constamment filmée en Cinémascope, petit point perdu dans la neige ou dans la foule, Anja, la personne désirée, est quant à elle souvent filmée au plus près. Jusqu’à la séquence finale, où la caméra se rapproche soudainement de la nuque de Thelma comme pour signaler, enfin, la réconciliation avec elle-même.

Car Thelma est avant tout un récit d’apprentissage, du douloureux et violent rejet de soi à l’acceptation. Et là encore, le film surprend et émerveille: Joachim Trier s’empare des codes du récit d’apprentissage et les sublime, les refaçonne jusqu’à ce qu’ils prennent une allure quasi-mythologique. Mais cette mythologie là ne cache pas la violence de ses histoires derrière de jolis mots ou de bonnes morales. Au contraire chaque étape ou passage obligé, le combat contre le rival, la perte du mentor (magnifique, et qui ne va pas sans rappeler le châtiment divin infligé à Prométhée) sont filmés crument, froidement, et sans artifice. A la beauté de la photographie, du cadre, et de la mise en scène, s’ajoute le talent indéniable des interprètes, de l’inconnue et géniale Eili Harboe (Thelma), débordante d’innocence et d’intensité, à la grande Ellen Dorrit Petersen (Unni, la mère), dont le talent et le visage incroyables se prêtent admirablement à cette mère dévote et cruelle.

Le mot de la fin? C’est qu’il n’y en a pas, justement. Thelma est un film qu’il faudrait voir et revoir une dizaine de fois pour en capter toutes les subtilités, toutes les références et symboliques qui prennent ici souvent l’apparence d’animaux, du serpent du désir à l’oiseau de la renaissance. Le tout pour dresser le portrait juste et tout en métaphores d’un passage à l’âge adulte rendu difficile par la répression et les normes.

Visuel: affiche officielle

 

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Sarah Reiffers

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