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Cannes 2019, Quinzaine : « Et puis nous danserons », l’énergique floraison d’un héros gay en Géorgie

Cannes 2019, Quinzaine : « Et puis nous danserons », l’énergique floraison d’un héros gay en Géorgie

18 mai 2019 | PAR Adrien Naselli

Le réalisateur suédois d’origine géorgienne Levan Akin signe, avec And Then We Danced (Et puis nous danserons en français), une fresque énergique et émouvante sur l’adolescence et la découverte de l’homosexualité de son héros.

Beaucoup d’images cinématographiques surgissent à la découverte de And Then We Danced (Et puis nous danserons en français) : le percutant Girl de Lukas Dhont, lauréat de la Queer Palm 2018, un brin de La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, du Call Me By Your Name de Luca Guadagnino, du Mustang de Deniz Gamze Ergüven, tout Xavier Dolan et même l’ancêtre Brokeback Mountain par petites touches. Un florilège de références qui, loin d’étouffer ce drame centré sur le personnage attachant de Merab, lui confère une densité impressionnante.

Questions de genre

Merab, le jeune héros, un frêle rouquin aux traits délicats (Levan Gelbakhiani), partage sa vie entre l’Ensemble national géorgien où il apprend les danses traditionnelles de son pays depuis qu’il sait marcher, le bar où il travaille le soir, et un petit appartement entre une grand-mère pieuse, un grand frère fêtard et bagarreur et une mère au bout du rouleau. Les scènes familiales sont colorées et souvent très drôles. On suit Merab avec enthousiasme dans son quotidien épuisant, partagé entre l’intensité des répétitions de danse et la précarité dans laquelle se trouve sa famille.

Ce qui marque surtout, c’est l’énergie qui se dégage de And Then We Danced. Pas une minute pour s’ennuyer au cours de ce film virevoltant, où les couleurs vives contrastent avec l’austérité de la salle de danse et le regard noir du professeur. Le film accorde un soin tout particulier au traitement des questions de genre : le très viril enseignant de danse géorgienne rappelle sans cesse aux garçons qu’il s’agit d’une danse « masculine », et reprend Merab sur sa prétendue « féminité ». Le héros va subvertir les règles de cette danse tout au long du film, jusqu’à la scène finale, magistrale, où il explose le carcan de cette virilité avec une dignité qui remet tout le monde à sa place et laisse le spectateur admiratif.

Bande-son à la Dolan

Entre temps, Merab tombe amoureux d’un nouveau venu à l’école de danse : Irakli, beau brun ténébreux, avec qui la tension sexuelle mais aussi la naissance de sentiments amoureux sont palpables. On a rarement l’occasion de lire tant de tendresse et de désir au cinéma dans les yeux des adolescents qui découvrent leur homosexualité ou leur bisexualité. C’est là que des accents de Brokeback Mountain ou Call Me By Your Name se font sentir, entre un jeune gay qui lutte pour assumer sa sexualité et un autre garçon « dans le placard », qui rejette avec force ses attirances.

A retenir aussi une bande-son qui emprunte aux tics pop de Xavier Dolan, puisqu’on a le bonheur d’entendre par exemple le « Take A Chance On Me » d’ABBA ou encore le récent « Honey » de Robyn, lors de scènes de fêtes endiablées et alcoolisées.

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

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Adrien Naselli

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