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La vie d’Adèle (Blue is the warmest Color) : Abdellatif Kechiche filme une magnifique histoire d’amour

La vie d’Adèle (Blue is the warmest Color) : Abdellatif Kechiche filme une magnifique histoire d’amour

23 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

Le réalisateur de « L’esquive »,  de « La graine et le mulet » et de « Venus noire » s’inspire de la BD « Le bleu est une couleur chaude », de Julie Maroh pour proposer à la Croisette un sublime portrait de jeune-femme. Après avoir révélé Sara Forestier et Hafsia Herzi, Kechiche met le pied à l’étrier du galop cinéphile à la superbe Adèle Exarchopoulos. En face, Léa Seydoux est tout simplement formidable.

Adèle (Adèle Exarchopoulos) est en première, vit chez ses parents dans la banlieue de Lille où elle va au lycée. Issue d’un milieu modeste, elle adore lire et manger. Elle adore aussi les enfants et se destine à être institutrice. Pour elle, une fille ça sort avec des garçons. Sauf que malgré sa nature volcanique, il lui semble qu’il lui manque toujours « quelque chose » avec les types de son âge. Un soir, elle accompagne son meilleur ami dans une boîte gay. Elle y rencontre Emma (Léa Seydoux) en quatrième année aux beaux-arts. La jeune-femme a les cheveux bleus, un bagou monstrueux, une culture générale qui crée un gap social et surtout, elle aime ouvertement les femmes. Adèle et Emma tombent amoureuses et commencent une histoire forte, de plaisir, de confiance et d’échanges.

Si la première demi-heure du film est difficile à passer, car il faut s’habituer aux gros plans mouvants de Kechiche et, dans ce cadre qui ne fait pas de cadeaux, à la bouche toujours ouverte et moite de la formidable Adèle Exarchopoulos, et si les « travers » préférés de Kechiche peuvent irriter (notamment les scènes interminables au lycée où les profs de lettres font lire du Marivaux aux élèves qui parlent comme sur le plateau des « mots de minuit »), une fois que Léa Seydoux fait son apparition, l’histoire d’amour démarre. Elle emballe le spectateur dans une expérience émotionnelle et esthétique très forte. Le film est l’une des plus belles love-story qu’on voit au cinéma depuis « Laurence Anyways ». Avec « La vie d’Adèle », Kechiche propose dans les coloris bleutés qui apparaissent dans le titre de la BD, un double portrait de femmes qui ont chacune leur vocation et leur manière de dévorer la vie. En chair, en os, bruissant, mouvant, évoluant, les corps et les destins liés de Emma et Adèle font figure de petit miracle, au cœur d’une compétition quasi-orpheline de réalisatrices et très pauvre en personnages féminins qui échappent aux clichés. Un film d’autant plus touchant qu’il laisse – en gros plan !- toute la place aux deux excellentes comédiennes pour interpréter non pas une histoire politique d’amour entre femmes, mais une éducation sentimentale d’un classicisme intemporel et d’une beauté vivante dont les scènes d’amour charnel sont l’expression la plus évidente.

« La vie d’Adèle, chapitre 1& 2 » (« Blue is the warmest color »), avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Wild Bunch, en compétition. Sortie le 9 octobre 2013.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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