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Les FEMEN: toujours là où on les attend…

Les FEMEN: toujours là où on les attend…

23 mai 2013 | PAR Alice Dubois

Mercredi dernier, une militante des Femen est entrée dans la cathédrale Notre-Dame, à Paris, et s’est fait photographier seins nus, tenant un faux pistolet dans la bouche et portant les inscriptions « May fascism rest in hell » – Que le fascisme aille en enfer. Cette mise en scène « spécial journalistes » fait écho au suicide du militant et essayiste d’extrême droite Dominique Venner, qui s’était tiré une balle dans la tête la veille, au même endroit. Une fois de plus, les Femen font du Buzz avec tout et n’importe quoi. Retour sur un mouvement trouble.

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Né en Ukraine en 2008, le mouvement n’est au départ qu’une contestation d’étudiante (version officielle). Anna Hutsol et ses amies décident de s’insurger contre la condition féminine dans leur pays. Après quelques manifestations et happening où elles défilent vêtues de rose, elles décident d’enlever le haut pour qu’on les regarde. C’est tout bête. Et ça marche…

En 2010, elles sortent le grand jeu et quatre jeunes femmes se déshabillent dans le bureau de vote du candidat et futur président Viktor Ianoukovitch, lors des élections présidentielles ukrainiennes. Début du Buzz. Depuis, le mouvement s’est internationalisé et leurs corps dénudés ont fait le tour de la planète. En France un « camp d’entrainement » a trouvé son GQ dans le 18ème arrondissement de Paris sous la direction de Inna Shevchenko, leader des Femen en France.

Mais qui sont vraiment les Femen ? Beaucoup se sont interrogés et soyons francs, sans vraiment trouver de réponse…D’abord parce que l’angle d’attaque n’est pas très clair. Dénonçant en vrac le capitalisme, la prostitution, la pornographie, la religion et aujourd’hui le fascisme, les Femen mettent tout dans le même sac, que se soit en Russie, en France ou en Tunisie, sans se soucier des spécificités culturelles et des combats qui existent déjà sur place. En effet, le mouvement a pris l’habitude de confisquer la parole des femmes au niveau local de façon assez violente. Cette attitude risque de mettre en péril des situations déjà très fragiles, notamment dans les pays arabes et musulmans. Un mouvement qui, de toute évidence, ne rend pas service aux femmes qu’il prétend défendre. Le seul pilier qui semble cimenter toutes leurs actions: la misandrie, ou le rejet des hommes.

Un mouvement féminin qui rejette donc le sexe opposé, tout en considérant qu’il est nécessaire d’être nue pour être prise au sérieux ? N’y a-t-il pas là un paradoxe?

Interrogée sur l’identité du mouvement, Inna Shevchenko surfe avec des accroches publicitaires qui se veulent efficaces : elle définit les Femen comme du « pop féminisme » et prône le « real fight »…Des formules judicieusement marketing pour un mouvement qui semble ne pas aller bien plus loin.

Outre cette nébuleuse dans le fond, la forme est aussi sujette à controverse. Car évidemment, se dénuder pour se faire entendre est très loin d’être un argument convaincant à une époque où nudité rime avec banalité. Des billets haineux chez les ultra-catholiques aux questionnements plus raisonnés des féministes, beaucoup s’interrogent sur la pertinence du mouvement et sa finalité. Qui sont ces jolies jeunes femmes ukrainiennes aux corps parfaits ? Pourquoi ces happening ultra médiatiques où elles paradent telles des poupées bien maquillées? …Régression qui fait mal, cette technique douteuse nous interroge, nous aussi, sur les origines mêmes et la légitimité de ce mouvement.

Au -delà des critiques de tout bord, la vraie polémique a démarré il y a quelques mois avec la publication de la prétendue enquête menée par une journaliste russe qui s’était infiltrée au coeur du mouvement en 2012. Sa nationalité a annulé d’emblée toute crédibilité pour les fervents partisans des Femen, bien évidemment. Quoi qu’il en soit, cette enquête affirme que les Femen seraient « sponsorisées » par des hommes d’affaires richissimes et rémunérées pour leurs prestations, payées pas moins de 1000 euros par mois (soit trois fois le salaire moyen ukrainien) que le voyage et les frais de séjour à Paris des militantes ukrainiennes étaient entièrement payés par l’organisation et se chiffraient à 1300 euros par jour et par personne. Trop gros pour être vrai ? Pour l’heure, il semblerait que personne n’ait mis à jour le véritable fonctionnement de cette organisation.

Le nom de Viktor Sviatski revient souvent lorsqu’on regarde de plus près. Homme de 34 ans, d’origine ukrainienne, il n’apparaît jamais devant les caméras mais serait toujours présent au QG des Femen, en Ukraine. Connaissant parfaitement le fonctionnement des médias, créatif, il serait à l’origine des actions menées par les filles. Certains, qui l’ont rencontré, le décrivent comme un homme « doté d’une personnalité dominante ». Bizarrement, Anna Houtsol a toujours refusé d’en parler et déclare qu’il s’agit juste d’un ami. Un ami qui dirigerait sa petite entreprise d’une main de fer ?

 

Quoi qu’il en soit, les Femen ont encore réussi à faire parler d’elles (ou d’eux?). Un fasciste qui se suicide dans une cathédrale? L’occasion était trop belle ! Bien évidemment, l’activiste envoyée était jolie comme un coeur, bien évidemment elle était seins nus et bien évidemment, soigneusement coiffée et maquillée….pour les photos.

Photos (c): FEMEN France.

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

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