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A la Philharmonie de Paris François-Xavier Roth prend La Mer avec l’Orchestre de Paris

A la Philharmonie de Paris François-Xavier Roth prend La Mer avec l’Orchestre de Paris

18 mai 2019 | PAR Denis Peyrat

Jeudi 9 mai François-Xavier Roth retrouvait l’Orchestre de Paris (pour la première fois à la Philharmonie) dans un programme français consacré aux meilleures pages de Debussy et Ravel. Avec la complicité de la Shéhérazade gourmande de Marie-Nicole Lemieux il a déployé une magnifique palette de couleurs orchestrales.

Pour cet unique concert dirigé par François Xavier Roth, l’Orchestre de Paris avait choisi de proposer 1000 places à tarif réduit pour les moins de 28 ans. C’était une excellente initiative et l’enthousiasme de ce public de la Philharmonie ainsi largement rajeuni faisait plaisir à voir, même s’il se manifestait souvent intempestivement entre les mouvements. 

La première partie du concert était consacrée à la séduction et la sensualité : dès les premières mesures du Prélude à l’Après-midi d’un faune, le ton est donné. La flûte voluptueuse de Vincent Lucas nous plonge instantanément dans l’ambiance d’une oeuvre dont le chef, qui interprète régulièrement le répertoire français avec son ensemble Les Siècles, maîtrise les moindres secrets. Même s’il ne joue pas sur instruments d’époque, l’Orchestre de Paris sait y trouver ses plus fabuleuses sonorités (transparence aérienne des cordes), avec l’aide d’une disposition qui favorise l’équilibre des pupitres : les cordes graves à gauche du chef et les violons répartis de part et d’autre. François-Xavier Roth peut aussi compter sur une petite harmonie aux sonorités chatoyantes, quasi idéale pour ce répertoire (avec une mention spéciale pour le hautbois intense d’Alexandre Gattet).

Marie-Nicole Lemieux © Denis Rouvre

Shéhérazade de Ravel est un ensemble de trois mélodies sur des poèmes de Tristan Klingsor, lui-même inspiré par les Mille et une nuits. Composée en 1903, c’est l’une des premières œuvres symphoniques où le compositeur déploie les harmonies colorées de timbres qui feront le succès de sa musique. 

Pour sa première collaboration avec le chef, Marie-Nicole Lemieux est parfaitement à l’aise dans cette musique foisonnante et exigeante. Sa voix souple et chaude se plie à toutes les extrémités vocales jusqu’à une fière « Haine » à l’aigü triomphant. L’artiste, qui a confié (ici) adorer cette oeuvre qui lui permet de raconter des histoires, se délecte de chaque mot avec gourmandise. Avec un remarquable legato, elle semble murmurer à l’oreille du public (ce qui semble-t-il hélas n’a pas permis aux spectateurs les plus éloignés de la Philharmonie de comprendre la totalité des poèmes, pourtant admirablement articulés). Complètement dans l’ambiance orientale de Ravel, la québécoise incarne de tout son corps le texte, y compris jusqu’à un très naturel et subtilement coquin déhanché dans L’indifférent quand elle évoque « la hanche légèrement ployée par ta démarche féminine et lasse… » Elle recueille une très légitime ovation d’un public sous le charme. 

L’orchestre de Paris prend La Mer. Après l’entracte François-Xavier Roth avait choisi de mettre en regard deux représentations par Ravel et Debussy de l’élément marin.  A l’origine composée par Maurice Ravel pour le piano, Une Barque sur l’océan est une illustration très théâtrale de toutes les inflexions de la mer. D’un geste précis, le chef, dirigeant sans baguette, imprime à l’orchestre toute la variété des balancements de la barque, prise par les mouvements de la houle. 

La Mer fait partie des chevaux de bataille de l’Orchestre de Paris, qui l’a interprétée de puis son concert inaugural du 14 novembre 1967 dans pas moins de 30 programmes en 42 ans (dont 8 exécutions rien qu’avec Daniel Barenboim). François-Xavier Roth n’a aucun mal à en faire un festival de chatoyantes sonorités debussystes, tout en gardant un sens aigu du détail, avec une attention toute particulière à l’équilibre et à l’étagement des plans sonores. Le premier mouvement permet de mettre particulièrement en valeur la qualité des cordes, tant pour leur transparence dans les pianissimi les plus subtils que dans la puissance des vagues. Dans son célèbre thème, le pupitre des violoncelles est notamment remarquable de densité et d’homogénéité. Encore une fois les bois solistes de l’Orchestre de Paris font merveille. Les Jeux de vagues sont l’occasion pour Roth de montrer toute sa maîtrise des dynamiques, et le chef s’anime, accompagnant les ondulations puissantes de l’orchestre en dansant sur son pupitre.  Enfin dans le Dialogue du vent et de la mer Roth sait parfaitement maintenir l’équilibre entre vents et cordes, avec des cuivres jamais envahissants. Comme sur le célèbre tableau d’Hokusai, qui figure sur la partition originale et qu’admirait Debussy, le chef forme au final une puissante vague dont l’écume emporte avec elle les applaudissements des auditeurs. 

Francois-Xavier Roth © Marco Borggreve

Pour clôturer le programme, François-Xavier Roth avait choisi La Valse de Ravel : entre retenue et laisser-aller, il y joue un jeu habile de contrastes et d’oppositions rythmiques en conservant toujours une attention aux sonorités (superbes glissandos de cordes). Après un moment de suspension, le chef sait doser la montée du crescendo et l’accelerando jusqu’à l’explosion finale, après laquelle l’orchestre reçoit une belle ovation d’un jeune public enthousiaste qu’on espère retrouver plus souvent à la Philharmonie. 

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Denis Peyrat
Ingénieur exerçant dans le domaine de l'énergie, Denis est passionné d'opéra et fréquente les salles de concert depuis le collège. Dès l'âge de 11 ans il pratique également le chant dans diverses formations chorales, en autodidacte mais avec une expérience qui lui permet à présent de faire partie d'un grand chœur symphonique parisien. Il écrit sur l'opéra et la musique classique principalement.

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