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Art contemporain et patrimoine au musée d’art et d’histoire Paul Eluard

Art contemporain et patrimoine au musée d’art et d’histoire Paul Eluard

17 mai 2019 | PAR Juliette Mariani

Nous avons visité le musée d’art et d’histoire Paul Eluard Saint-Denis qui propose, à quelques stations de métro de Paris, deux univers très différents : le fonds Paul Eluard, et l’exposition Enfermement qui disperse, au sein de l’ancien Carmel, des œuvres très contemporaines. N’hésitez pas à prendre la ligne 13 : des merveilles patrimoniales vous y attendent. En attendant, suivez notre visite dans l’ancienne abbaye !

 

Un poète et une ville

Le musée d’art et d’histoire Saint-Denis a très récemment pris le nom de musée d’art et d’histoire Paul Eluard Saint-Denis. Le poète de Liberté j’écris ton nom… a en effet toute sa place dans les lieux : né à Saint-Denis, Paul Eluard a entretenu toute sa vie un lien très fort avec la ville. Il a même apporté sa touche personnelle dans le cadastre : aviez-vous remarqué que certaines rues de Saint-Denis portaient des noms de poète, comme la rue Paul Verlaine ou la rue Gérard de Nerval ? Paul Eluard, employé temporairement par son père agent immobilier, est à l’origine de cette poétisation de l’espace urbain. Et c’est à sa ville natale qu’il fait don en 1951, un an avant sa mort, d’un ensemble d’œuvres aujourd’hui conservées dans le musée qui a pris son nom. Le fonds Eluard est le plus important fonds des œuvres du poètes : 2 300 pièces, dont environ 150 sont exposées au public dans le pavillon Louise de France, construit au XVIIIe siècle pour la fille carmélite de Louis XV. Au rez-de-chaussée, des manuscrits originaux, des lettres, des photographies témoignent de l’engagement d’Eluard dans les deux guerres, la résistance, le surréalisme et le parti communiste. On remarque un vase de Picasso, orné d’une danseuse et d’un musicien, offert par le peintre à son ami. A l’étage, dans une seconde salle plus intimiste, on en apprend davantage sur l’homme que fut Paul Eluard : sont présentés sa correspondance avec sa famille, son bureau, un encrier…

C’est le moment que choisit Claire Sarti, la petite-fille du poète, pour entrer dans la pièce. Nous l’écoutons avec beaucoup de plaisir évoquer les destins contrariés des œuvres de Paul Eluard après sa mort : vendus par sa dernière femme, les tableaux de sa collection, les livres de sa bibliothèque, ses manuscrits, ses photos ont été dispersés aux quatre vents. Encore aujourd’hui, on a perdu la trace de la précieuse correspondance qu’il entretenait avec René Char. Certains objets ont cependant pu être retrouvés ou rachetés par la fille de Paul et Gala, Cécile Eluard, et par leur petite-fille Claire Sarti. Cette dernière s’apprête à faire don, avec ses frères, d’une importante partie de la correspondance du poète, de photographies de famille, de documents officiels et d’objets rares comme la bague de mariage de Nousch, la deuxième femme du poète. Un don qu’elle fait en toute confiance au musée, qui permet l’accès à l’ensemble du fonds Eluard aux chercheurs, et sélectionne des morceaux choisis pour le public.

 

L’art contemporain s’invite au couvent

La visite ne s’arrête pas là : par des escaliers dérobés, nous sommes invités à changer d’univers et à sauter d’un siècle à l’autre. S’ouvre alors une visite du musée qui nous a totalement séduits. Il faut savoir que le musée s’est installé en 1981 entre les murs d’un ancien couvent carmélite, et réussit la gageure de conserver la mémoire d’un ancien lieu religieux chargé d’histoire, tout en y accueillant des œuvres très conceptuelles. C’est donc non seulement l’exposition Enfermement qui vaut le coup d’œil, mais aussi un patrimoine historique dans un état de conservation remarquable, dont la richesse est au moins comparable à celle de bien des monuments et musées parisiens. Des œuvres de quinze artistes qui explorent le thème de la réclusion et de l’isolement s’intègrent, parfois très habilement, à un espace longtemps occupé par des religieuses vouées au silence et à la contemplation.

La chapelle néo-classique, aux allures de temple grec, accueille ainsi dans une obscurité solennelle une vidéo de Victor Burgin. Dans le jardin du cloître, l’artiste Dominique Blais nous présente son œuvre Inclusive : installée au-dessus du puits central, sur un disque de Plexiglas, une caisse de bois fait œuvre en tant que promesse d’œuvre. Elle ne donne pas à voir l’œuvre, mais son contenant, copie d’une de ces boîtes destinées à transporter les œuvres. Recluse dans l’espace sacré du cloître et calfeutrée dans une caisse close, l’œuvre réussit le paris de s’intégrer dans un espace déjà rempli.

La visite se poursuit dans l’ancien couvent où les œuvres contemporaines nouent un dialogue avec les œuvres patrimoniales : sous une statue de Saint-Denis, on manque de marcher sur des savons de Marseille gravés par Taysir Batniji, tandis que dans l’apothicairerie, une autre œuvre de Dominique Blais s’est cachée parmi les pots d’onguents. Dans des vitrines vides empruntées au musée, Michel Verjux projette des lumières qui exposent leur jeu d’ombres et d’irisation. Vous pourrez découvrir des œuvres d’Ernest Pignon-Ernest sous les combles. La visite s’achève dans les anciennes cellules des carmélites, qui abritent comme des écrins les œuvres de nombreux autres artistes.
Vous l’aurez compris : on a beaucoup apprécié ce musée, à visiter et à faire connaître. Ce n’est pas pour rien qu’il a reçu le prix Osez le musée décerné par le Ministère de la Culture en 2018. Il sera ouvert ce week-end pour la nuit des musées, et organisera bientôt des escape games pour ceux qui aiment la culture ludique.

L’exposition Enfermement se tient au musée d’art et d’histoire jusqu’au 7 octobre.
Musée d’art et d’histoire Paul Eluard
22, bis rue Gabriel Péri, 93200 Saint-Denis
Ouvert tous les jours sauf mardi.
Tarifs 3 à 5€. Gratuité sous conditions.
Métro ligne 13, Porte de Paris.

Visuels : © Toute la Culture

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