Cinema

Bernard Giraudeau, la fin du voyage

18 juillet 2010 | PAR Christophe Candoni

IL a lutté avec courage et sérénité pendant une dizaine d’années contre la maladie, Bernard Giraudeau s’est éteint hier dans un hôpital parisien emporté par le cancer à l’âge de 63 ans. Bernard Giraudeau avait révélé publiquement sa maladie et parlait sans tabou ni impudeur du cancer qu’il combattait. Depuis hier, les hommages rendus par ses nombreux amis artistes ainsi que la femme qui a été sa partenaire sur les planches et sa compagne à la vie Annie Duperey sont vibrants et saluent unanimement l’acteur brillant et l’homme généreux qu’il était.

La carrière qu’a menée Bernard Giraudeau est plutôt atypique et vraiment accomplie à l’image d’un artiste complet et passionné qui s’est nourrit d’envies multiples, de cinéma et de théâtre, de voyages et d’écriture. L’acteur est aussi un aventurier qui, en 2007 dans son roman « Les dames de nage », a couché avec succès sur le papier ses envies d’ailleurs, ses désirs de voyage.  Avec son dernier livre, « Cher Amour », il est lauréat du prix Pierre Mac Orlan en 2009.

Engagé à 15 ans dans la marine nationale, il a fait deux fois le tour du monde à bord de la Jeanne d’arc. De matelot à comédien, il n’y a qu’un pont : il intègre en 1971 le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Doué, il y décroche le premier prix de comédie classique et moderne.

Son physique irradiant le mène évidemment vers le cinéma. Il débute avec Gabin dans « Deux hommes à la ville ». Il devient un acteur populaire bien que discret, aime faire rire et séduire. On se souvient de « Viens chez moi, j’habite chez une copine », « Ridicule », « L’année des méduses », « La petite Lili » et encore « Les spécialistes » que France 3 programme ce soir à 20h35.

Au théâtre, il endosse quelques grands rôles classiques dont « Le Prince de Hambourg » de Kleist et défend les auteurs contemporains comme Arrabal sous la direction de Jorge Lavelli, Anouilh, et Jean Giraudoux avec « La guerre de Troie n’aura pas lieu ».

C’est à cette occasion qu’il rencontre Annie Duperey avec qui il partage l’affiche. Elle y joue la belle Hélène et il campe Pâris. Un destin prémonitoire. Ensemble, ils ont eu deux enfants dont la jeune comédienne Sara Giraudeau. Même une fois séparés, ils ont vécus en harmonie et son ancienne compagne a salué la mémoire de l’homme qu’elle a aimée, sa force de caractère, « c’était un lion, Bernard » a-t-elle dit, et son ouverture aux autres.

Plus récemment, il a joué plusieurs pièces d’Eric-Emanuel Schmidt avec son ami Bernard Murat, drôle dans « Le libertin » puis trouble dans « Petits crimes conjugaux » qui est sa dernière aventure théâtrale parisienne. Avec le metteur en scène Didier Long, il a créé « Richard III » de Shakespeare à la Rochelle, sa ville natale, mais affaibli par la maladie, il a dû renoncer à la reprise de la pièce à Paris. Un regret bien-sûr,  la vie ne lui ai pas laissé le temps d’accomplir son retour sur les planches.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

2 thoughts on “Bernard Giraudeau, la fin du voyage”

Commentaire(s)

  • michez

    Ayant eu un cancer du sein en 2009 avec chimio puis radiothéraphie je mesure pleinement le parcours de Bernard Giraudeau. Son courage face a la maladie me fait dire que c’était humainement quelqu’un de bien qui mérite tout notre respect.J’encourage toutes les personnes atteintes d’un cancer (ou tout autre maladie longue, douloureuse , invalidante) a se battre pour la vie mais aussi à accepter que la mort fait partie de notre vie dés la naissance.Ne lacher rien jusqu’au bout , se battre au jour le jour font partie de la maladie. Le moral est essentiel.Mais personnellement je suis arrivé a la conclusion, sans être pour autant croyante, qu’il faut egalement se dire que la mort fait partie de cette vie terrestre,et qu’il ne faut pas en avoir peur.Sylvie

    juillet 18, 2010 at 13 h 44 min

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