Cinema

Sortie ciné : Le premier qui l’a dit

18 juillet 2010 | PAR Geraldine Pioud

Chronique familiale douce-amère, « Le premier qui l’a dit » est à la fois drôle, touchant et engagé. Un film qui plaide pour le droit à la différence dans une société italienne qui s’occupe beaucoup des « qu’en dira-t-on »…

Le premier qui l’a dit s’ouvre sur une séquence en flash-back : une jeune femme, en robe de mariée, court dans la campagne italienne. Elle va peut-être commettre l’irréparable mais finira par revenir à la raison. Au lieu de mettre fin à ses jours, la mariée ira épouser l’homme qui l’attend devant l’église. Ce secret de polichinelle est celui de la grand-mère, femme de tête et de coeur qui sait exactement ce que signifie la notion de sacrifice. Et celle d’amour. Temps présent : lors d’un dîner familial/professionnel, Tommaso, le benjamin de la famille Cantone, s’apprête à faire son coming-out. Sauf qu’il est sur le fil précédé par Antonio, son frère aîné, qui fait la même révélation. Dans cette famille propriétaire d’une illustre fabrique de pâtes, la rumeur est un ennemi redoutable. Et l’homosexualité une honte indéfinissable. Antonio est rejeté, lui qui devait reprendre l’entreprise, et tous les espoirs se portent alors sur Tommaso qui n’ose plus avouer la vérité. De là va naître une multitude de situations ambiguës, drôles, et petit à petit chacun acceptera aux yeux des autres ses propres différences.

Autour des scènes de repas, très importantes dans le film, les protagonistes vont se livrer. À leur façon. Avec retenue et décence, avec respect et humilité. Malgré les thèmes difficiles qu’abordent Le premier qui l’a dit, l’ensemble est coloré et joyeux, comme si tout cela n’était finalement qu’une vaste commedia dell arte. Alors si au fur et à mesure les secrets n’en sont plus vraiment, c’est parce que les personnages de cette fresque comique acceptent de faire tomber les masques. On comprend l’impact du mensonge sur le comportement humain. Des dialogues incisifs, une mise en scène qui dévoile sans tout montrer et un scénario intelligent servent des comédiens incarnant joyeusement des personnages presque caricaturaux. On aurait pu sombrer dans le ridicule, mais il n’en est rien. Le cinéma italien se joue de lui-même et met ses propres contradictions au service de la narration. Le premier qui l’a dit est un divertissement fort agréable qui ouvre grand la porte à l’indulgence.

Le premier qui l’a dit, de Ferzan Ozpetek, avec Riccardo Scamarcio, Nicole Grimaudo, Alessandro Preziosi, Ennio Fantastichini, Lunetta Savino, Elena Sofia Ricci, Ilaria Occhini
En salles le 21 juillet 2010

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