Cinema

Rencontre avec les réalisateurs et l’actrice de Yo, También

17 juillet 2010 | PAR Geraldine Pioud

Une journée chaude de juin dans un hôtel parisien. Les réalisateurs et la comédienne de « Yo, También » sont en promo. De festivals en récompenses, l’équipe balade son film dans le monde : un sujet difficile certes, mais une oeuvre qui nous parle d’amour.

Vous pouvez par ailleurs lire notre critique du film ICI

Pour ce film, Lola Dueñas a eu un Goya (les César espagnol). Trop méconnue en France mais véritable star en Espagne, cette comédienne a une filmographie incroyable et a tourné avec les plus grands, de Pedro Almodóvar à Alejandro Amenábar. Elle sera par ailleurs prochainement à l’affiche d’une comédie française, Les femmes du 6e étage, de Philippe Le Guay, avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain. Rencontre avec une actrice adorable, abordable et au français quasi irréprochable!

Tu as une carrière impressionnante, et tu arrives à choisir des rôles très différents. Peux-tu me dire comment tu es arrivée sur ce film?

C’est mon agent espagnol qui m’a envoyé le scénario, mais c’est lorsque j’ai rencontré les réalisateurs que j’ai décidé de faire ce film. Il s’est vraiment passé quelque chose de spécial. Mon personnage est incroyable et le film est très joli. Puis j’ai rencontré Pablo, qui m’a beaucoup impressionnée, c’est quelqu’un d’unique.

Ce qui est drôle, c’est qu’au début du film on ne te reconnaît pas! Tout le monde te connaît et pourtant tu fais oublier tous les autres rôles que tu as eu avant.

Ah c’est bien ça! Parfait! J’aime quand on me dit ça. Pour une actrice c’est un rêve, je travaille pour ça.

Tu es métamorphosée pour ce rôle, comment as-tu abordé ce rôle de Laura?

Avec Pablo tout est très facile, car c’est un travailleur, il fait vraiment les choses, c’est quelqu’un de vrai. Il n’a pas d’ego. Nous somme devenus amis après le film. Et puis j’ai rencontré la vraie Laura, elle venait chez moi chaque vendredi après-midi. Elle m’a raconté les choses affreuses de sa vie, elle m’a tellement aidé à préparer ce rôle. Pour moi cette femme est une héroïne.

Le corps et la façon d’évoluer dans l’espace sont des notions importantes dans le film. La danse y a une place primordiale. C’est presque plus important que les dialogues.

C’est intéressant parce que les séquences de danse sont d’une grande beauté. Par ailleurs, mon personnage n’est pas très tactile, il le devient à la fin du film. Au début je rejette les marques d’affection et de tendresse. Les scènes de sexe ne sont pas tendres, c’est du contact brut. Alors qu’à la fin avec Daniel (Pablo Pineda) c’est de l’affection. Elle a appris ça et elle peut vivre.

Le cinéma espagnol est en pleine évolution, est-ce aussi ton point de vue en tant qu’actrice?

Il y a de nouveaux réalisateurs audacieux. Et puis cette année, il y a eu Yo, También mais aussi Celda 211 (NDLR : Cellule 211, dans son titre français, sortira en France le 4 août 2010, et dont vous nous reparlerons bientôt) et toujours Almodóvar et Amenábar. Le public espagnol a adhéré à ce qu’on lui proposait. C’est une très bonne année avec des films très différents, aux budgets très différents aussi! Il y a beaucoup de talents en Espagne mais c’est difficile de faire des films différents : cela a été compliqué de faire Yo, También, on avait peu d’argent. Et quand tu as peu d’argent, il y a des plans que tu ne peux pas faire. Et pourtant, on a fait beaucoup de festivals et on a eu des prix! C’est incroyable! Et l’accueil du public est formidable.

Tu viens de tourner un film en France, y a-t-il des réalisateurs avec lesquels tu aimerais tourner?

Oh oui! Cédric Klapisch : j’aime beaucoup Chacun cherche son chat, j’aurais adoré être dans ce film. En France aussi j’aimerais tourné avec Jacques Audiard. Il y a par ailleurs Michael Haneke, c’est vraiment un rêve pour moi de pouvoir un jour tourner sous sa direction. En Espagne il y a Julio Médem, qui a produit Yo, También, c’est un réalisateur incroyable. Et j’aime aussi beaucoup Romain Duris! Je suis une grande spectatrice du cinéma français.

Álvaro Pastor et Antonio Naharro ne semblent pas avoir conscience du succès de leur film. Ils restent prudents, comme si tout n’était qu’un rêve. Naturels et sympathiques, les deux réalisateurs livrent leurs sentiments sur Yo, También.

Comment êtes-vous arrivés à ce sujet si audacieux?

L’idée est venue du personnage principal : c’est la première personne atteinte de trisomie 21 ayant un diplôme universitaire. C’est quelqu’un de célèbre en Espagne qui parle de ses travaux universitaires mais aussi d’une chose qu’il n’a pas : l’amour. Pour lui c’est compliqué, parce qu’il tombe amoureux de personnes « normales ». On a décidé de faire ce film en imaginant comment cette potentielle partenaire pourrait être. Notre audace est de faire de quelque chose d’improbable quelque chose qui existe au cinéma. Le film parle de la relation entre deux personnes très particulières.

Votre actrice principale est méconnaissable au début. Alors qu’elle est la seule du casting à être connue? Avez-vous utilisé des procédés particuliers?

Elle avait une énergie incroyable. On s’est tout de suite dit qu’avec Pablo ça allait être formidable. Au début c’est vrai que l’on avait peur de travailler avec une actrice connue, mais on a tout de suite vu que cela fonctionnait. On s’est dit que de travailler avec quelqu’un qui avait son expérience était un avantage : on avait peur que Pablo tombe amoureux de la comédienne, mais Lola a su mettre en avant le travail, l’amitié et a fait comprendre à Pablo que c’était un jeu, que c’était du théâtre et que quand la scène s’arrêtait, l’histoire d’amour s’arrêtait aussi. Même si cela arrive que des comédiens tombent amoureux de leur partenaire! Mais dans ce cas là cela aurait peut-être été compliqué. Que Lola ne soit pas tout de suite reconnaissable c’est vraiment dû à son travail, cela montre vraiment la qualité de son travail.

Votre film fait une grande place à la danse. Pourquoi cette forme d’art en particulier?

C’est une compagnie de danse qui existe à Séville. Nous les connaissions, alors on en a profité! Ce que l’on voit dans le film sont leurs improvisations. Pour nous, la danse mettait face à Daniel des gens qui n’avaient pas les mêmes facilités intellectuelles mais qui avaient des facilités avec leur corps.

Il y a un grain particulier à l’image, quelque  chose de rugueux qui évoque la complexité des sentiments et de la nature humaine.

Pour nous la forme et le contenu, c’est la même chose. Il fallait donc que l’image ne soit pas parfaite. On a fait beaucoup de caméra à l’épaule; on voulait que l’image soit au service des personnages. Et puis il y avait des contraintes de tournage, ne serait-ce que par rapport à la trisomie 21 : on devait s’adapter à leur rythme de vie. Le principal c’est qu’on voulait une absence d’artifice, et apparemment ça marche!


Entretien avec les réalisateurs traduit de l’espagnol par Pascale Fougère.

Yo, También, de Álvaro Pastor et Antonio Naharro, avec Lola Dueñas, Pablo Pineda, Antonio Naharro
En salles le 21 juillet 2010

Infos pratiques

Sortie ciné : Yo, También
Bernard Giraudeau, la fin du voyage
Geraldine Pioud

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