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[BERLINALE] « Khook », Iran coup pour coup

[BERLINALE] « Khook », Iran coup pour coup

24 février 2018 | PAR Samuel Petit

Le réalisateur Mani Haghighi livre un film délirantissime sur le monde du cinéma iranien sur fond de censure d’Etat, meurtres en série et soirées déjantées. Khook, est une comédie aux accents de thriller et à l’esthétique de série Z. Un véritable ovni, dans une compétition assez convenue, voire décevante.

Hasan Kasmai (Hasan Majuni), cinéaste inscrit sur la liste noire du gouvernement n’a pas tourné depuis des années. Sa muse, l’actrice Shiva Mohajer (Leila Hatami), qu’il a portée vers la célébrité décide de ne pas laisser sa carrière sombrer par fidélité et accepte un film avec Sohrab Saidi, le rival d’Hasan. Au même moment, un tueur en série commence à tuer un à un tous les cinéastes en vogue à Téhéran, toujours avec le même procédé : la tête décapitée, le mot « khook », « porc » en farsi, gravé au cutter sur le front. Davantage que la disparition progressive de ses amis et collègues, c’est le fait que le tueur ne semble pas s’intéresser au has-been qu’il est qui exaspère le plus Hasan.

Chaque dialogue, chaque costume, chaque mimique contribue à merveille à cette satire absolue de la haute société iranienne et plus particulièrement du milieu du cinéma dans la capitale. Derrière ces airs de comédie au rythme effréné, le film traite de sujets sociétaux tout à fait sérieux : le désoeuvrement des artistes touchés par la censure, le phénomène des stalkers, l’invasion des réseaux sociaux dans la vie quotidienne et le tribunal populaire qui en découle et qui peut conduire à la mise à mort sociale à partir de rumeurs infondées.

Si le film est tout à fait appréciable pour un spectateur européen lambda, il est apparu au cours de la projection que de nombreuses références ainsi que différents niveaux d’humour ne peuvent être compris que par un public iranien avisé, identifiant en outre l’art du détournement opéré avec les règles de bienséance islamistes. Ce qui n’est pas un défaut bien entendu, la fiction servant d’instrument pour questionner la place du cinéaste dans la société. Ce flou entre metteurs en scène réels et fictifs relève dans le cas du cinéma iranien presque de la tradition. On peut penser par exemple au classique Look Up d’Abbas Kiarostami. La présence de ce film en compétition fait par ailleurs sans doute écho à la censure qui touche Jafar Panahi, primé par « l’Ours d’Or » avec Taxi Teheran en 2015.

En somme, un film iranien loin des canons des drames sociaux habituels du cinéma iranien (Une séparation, Le Client), où le spectateur joue au cluedo dans un univers apparenté à Bollywood tandis que le personnage principal n’aspire à être que la prochaine victime du tueur en série pour la gloire.

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