Cinema

[BERLINALE] « Twarz » : la Pologne en pleine face

[BERLINALE] « Twarz » : la Pologne en pleine face

24 février 2018 | PAR William Meignan

Seul film polonais en compétition, Twarz de Malgorzata Szumowska, nous présente une fresque drôle et subtile de la Pologne conservatrice, rurale et chrétienne. Dans les bottes d’un jeune métalleux à l’anticonformisme rêveur et assumé, le spectateur est électrisé. À la limite entre style documentaire au réalisme prenant et fable moderne, ce film aux images d’une beauté fulgurante explore avec finesse les thématiques de l’identité et de la différence.

 

 

Jacek est un outsider, un « sataniste » pour ses congénères. Veste Métallica, cheveux longs, goûts musicaux sombres et rêves d’ailleurs, il fait tâche et on ne manque pas de le lui rappeler. Il semble toutefois bien loin de s’en préoccuper et apprécie sa vie, partagée entre sa copine, Dagmara, et son boulot d’ouvrier sur ce qui va être la plus grande statue de Jésus dans le monde. Suite à un accident du travail qui le laissera défiguré, sa vie va prendre un chemin dramatique et inattendu. Bénéficiant de la première greffe de visage du pays, son opération et sa réhabilitation ne passent pas inaperçus et surtout, ne laissent personne indifférent, tant dans les médias nationaux que dans son village d’origine.

Dans la lignée du film Pokot de Agnieszka Holland l’année dernière et United States of Love en 2016, les films polonais en compétition ne cessent de nous surprendre et de nous ravir, en offrant une critique politique et sociale toujours acerbe mais jamais lourde, en écho avec les permanences et les évolutions de la société polonaise. Chez Holland, c’était la corruption et le machisme qui étaient dans la ligne de mire, ici, c’est l’omniprésence de l’église et « la peur de l’autre » comme l’expliquait la réalisatrice en conférence de presse.

C’est au travers de scènes extrêmement drôles que cette critique se développe : un prêtre qui s’enquiert des détails sexuels de la vie de Dagmara, une scène d’exorcisme surréellle ou des blagues racistes au dîner de Noël. Ce sont ces scènes non seulement drôles, mais surtout pertinentes, des personnages jamais caricaturaux et aux réactions toujours singulières, inattendues et profondément humaines que se développe une atmosphère digne d’un conte rural au cynisme subtil.

Porté par une caméra et une photographie absolument sublimes, une écriture et un scénario ciselés et élégants et un acteur talentueux qui a su habilement adapter son jeu à la modification radicale de son visage, ce film, présenté en ce dernier jour de la compétition, est une réussite absolue. Nous attendons impatiemment de savoir quel prix va récompenser ce superbe travail.

 

Twarz de Malgorzata Szumowska avec Mateusz Kolciukiewicz (Jacek), Agnieszka Podsiadlik (Jacek’s sister), Malgorzata Gorol (Dagmara), Roman Gancarczyk (Priest), Dariusz Chojnacki (Jacek’s brother), Robert Talarczyk (Jacek’s brother-in-law), Anna Tomaszewska (Jacek’s mother), Martyna Krzysztofik (Jacek’s sister-in-law)

Visuel © Bartosz Mronzowski

 

La griffe Lanvin entre espoir et désarroi
[BERLINALE] « Khook », Iran coup pour coup
William Meignan

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *