Cinema

[BERLINALE] POKOT :  « NO COUNTRY FOR OLD WOMEN »

[BERLINALE] POKOT :  « NO COUNTRY FOR OLD WOMEN »

14 février 2017 | PAR William Meignan

Avec son film Pokot (Spoot), la réalisatrice Agnieszka Holland présente à la Berlinale un film au goût de thriller écolo-féministe et d’ode à la nature qui semble avoir toute ses chances dans la course à l’ours d’or.

 

Duszejko (Agnieszka Mandat) est une institutrice polonaise excentrique qui vit aux abords d’un petit village. Ce dernier, coupé du monde, est gangrené par le machisme, la cruauté, et la corruption. Un beau jour, ses chiens disparaissent. Deux mois après, son voisin est retrouvé mort. Des traces d’animaux se trouvent tout autour du corps. Rapidement, la liste va s’allonger. Interrogée, Duszejko va proposer aux enquêteurs sa propre théorie. Pour elle, ces meurtres ont été perpétrés par des animaux…

Souvent drôle, parfois contemplatif, Pokot est un film qui prend le temps de se construire à la fois autour du personnage de Duszejko et de la nature, omniprésente. Le moment venu, d’une force brutale et profonde, ce mélange entre thriller et satire politique frappe où ça fait mal. Les policiers corrompus, le prêtre aux idées moyenâgeuses, les chasseurs barbares, le maire vénal, chaque membre de ce microcosme corrompu va être dans la ligne de mire de ce film subversif.

Ce film est le fruit d’un engagement fort à la fois de la part de la réalisatrice mais aussi, dans un premier lieu, de la part de l’écrivaine du roman à partir duquel le film a été adapté (Olga Torkarczuk) : Drive your Plough over the Bones of the Dead. Pour cette dernière, « en Pologne, la chasse est l’essence de la scène politique, c’est l’arrogance du pouvoir contre la nature. » La réalisatrice également très remontée contre le gouvernement polonais souligne que « dans une dictature, les premiers à souffrir sont les femmes et la nature. »

Pour ces deux femmes fortes et réfléchies, le film explore « une Europe post-communiste qui est maintenant une Europe qui opte pour une version plus autoritaire de la démocratie ». Par leur art, elles mènent « un combat qui a pour mission de faire reculer nos frontières et poser des interrogations nouvelles ».

Pokot est ainsi un film total : beau, engagé, à l’image de ses créatrices, et qui garde le spectateur en haleine jusqu’à la dernière minute. C’est une grande réussite.

Crédit photos :  © Robert Paêka, © photo officielle, © Michele Tantussi/Reuters

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William Meignan

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