Cinema

[Cannes, Compétition] « Le Client », nouveau drame sensible et bien pensé signé Asghar Farhadi

[Cannes, Compétition] « Le Client », nouveau drame sensible et bien pensé signé Asghar Farhadi

22 mai 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Magnifiquement interprété et filmé, Le Client s’inscrit dans la veine creusée par le cinéaste iranien dans Une séparation et Le Passé. Au programme, nouveau couple, nouvelle situation extrême, et nouveau scénario prenant, bien pensé, et juste.

[rating=4]

Le ClientEmad et Rana vivent à Téhéran. A la fois comédiens et enseignants, il doivent un jour laisser tomber l’appartement qu’ils louaient, dans un vieil immeuble près de s’effondrer. Un compère, engagé comme eux sur la pièce Mort d’un commis voyageur montée par l’une de leurs amies, metteuse en scène, leur permet de s’installer dans un logement au sommet d’une tour. Un soir, un drame va se produire, à la suite de la visite d’une personne mystérieuse, cherchant la locataire précédente…

On retrouve dans Le Client tout ce qu’on aime chez Asghar Farhadi, auteur du succès Une séparation : des acteurs magnifiquement dirigés – le couple formé par Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti conserve dans toutes les scènes une humanité splendide – une caméra au niveau de ce qu’elle filme, qui transfigure le quotidien, un scénario où personne n’a tort ni raison… On est saisis, cette fois-ci, par la description du mal-être chez le personnage de Rana, à la suite de l’incident qui la frappe. Et par la figure goguenarde de Babak,  magnifiquement jouée par l’acteur Babak Karimi. A hauteur d’homme, Farhadi filme l’impuissance, la colère, le doute, en nous ouvrant des portes vers le labyrinthe intérieur des personnages.

Sa mise en scène sans lourdeur impressionne, et ne s’encombre pas d’effets superflus : elle se concentre sur la sensibilité des êtres, et nous la transmet. On adore suivre Emad, mari tout à coup perdu, plongé dans une situation qui le déchire. Quelques détails convainquent moins : le scénario, toujours très élaboré chez Farhadi, implique cette fois une enquête trop présente, la conclusion est moins profonde que dans ses précédents films, on note moins d’originalité… Il n’en reste pas moins que, si Le Client n’est pas magnifique, il est très convaincant, et il sait prendre aux tripes à certains endroits. Il se révèle aussi, à la fin notamment, plus ouvert que son scénario ne le laissait présager : on peut être déçu qu’il s’achève sur un malheur, mais dans notre tête, on voit comment la conclusion aurait pu être plus positive. Le film donne à penser, et à imaginer. On le remercie.

Article de Geoffrey Nabavian (envoyé depuis le train Cannes-Paris !)

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Visuel : © Habib Majidi

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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