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Berlinale 2012:Pronostics et chasse à l’ours

Berlinale 2012:Pronostics et chasse à l’ours

18 février 2012 | PAR Olivia Leboyer

Comme souvent, le dernier jour de compétition a été marqué par un très beau film, Rebelle, de Kim Nguyen (War Witch, Canada). Demain est un autre jour et nous connaîtrons l’ours. En attendant, quelques impressions et pronostics !

Les choix des jurys sont toujours extrêmement personnels : impossible de savoir quels films ont touché Mike Leigh, Charlotte Gainsbourg, François Ozon, Jake Gyllenhaal, Anton Corbijn, Barbara Sukowa, Hania Mroué, Boualem Sansal, Moritz Rinke, Matthew Modine, Asghar Farhadi (réalisateur iranien d’Une séparation, qui a reçu l’Ours d’or l’an dernier). Le temps d’un festival est toujours dense et trop court : certains films, un peu comme une tisane, se décantent plus lentement, pour nous habiter, ou même nous hanter par la suite… On se souvient, par exemple, de Michèle Morgan, juré à Cannes, qui a reconnu des années plus tard qu’elle regrettait un peu d’avoir donné sa voix au Messager de Joseph Losey plutôt qu’à Mort à Venise de Visconti. Mais, ces deux films étant des chef-d’œuvres, on peut difficilement parler d’erreur !

Cette année, la sélection berlinoise était riche en très bons films. Des chocs ? Oui, ce matin, avec Rebelle de Kim Nguyen, film dur et pudique, sans pathos, et dont l’héroïne est véritablement attachante. Un choc également avec L’enfant d’en haut d’Ursula Meier (dont le prénom évoque déjà l’ours !), film infiniment sensible sur l’enfance grandie trop vite et les carences d’affection : extraordinaire film de montagne, surtout, où la réalité âpre des locaux côtoie, quelques mois par an, le luxe déplacé des touristes. Rebelle ou L’enfant d’en haut (Sister en anglais) pourraient bien remporter ce fameux ours. Et n’oublions pas Cesare deve morire des frères Taviani, qui a fait sensation lors de sa présentation : c’est effectivement un vrai grand et beau film. Grand ours potentiel pour les Taviani, donc, ou bien prix de la mise en scène.

Nous avons beaucoup aimé Was bleibt de Hans-Christian Schmid, un film subtil, très bien écrit, sur le dysfonctionnement d’une famille aisée allemande. Il y aurait là un prix du scénario possible, ou bien un prix d’interprétation masculine pour Lars Eidinger (« Le monde sait-il à quel point l’Allemagne possède en Lars Eidinger un immense acteur ? » s’enthousiasmait notamment le Berliner Zeitung). Ou féminin pour Corinna Harfouch, qui incarne une mère assez inoubliable. Mais, pour le prix d’interprétation masculine, Jürgen Vogel, dans Gnade, est un bon candidat également.

Tabu, de Miguel Gomes, est un film surprenant, très (trop ?) abouti, aux audaces formelles certaines. Un film qui reste en mémoire, plus qu’un film de festival. Il pourrait bien, en tout cas, obtenir quelque chose : peut-être un prix d’interprétation féminine pour la formidable Laura Soveral, vieille dame perdue dans ses souvenirs. Mais le prix d’interprétation féminine pourrait se jouer aussi entre Léa Seydoux, superbe dans deux films (Les adieux à la reine, très bon Benoît Jacquot et, toujours, L’enfant d’en haut), Isabelle Huppert dans Captive (mais c’est un peu trop un « rôle à prix ») ou encore Birgit Minichmayr, très frappante dans Gnade. Les Allemands, quant à eux, verraient bien Nina Hoss, l’actrice de Barbara.
Autre très beau film, étrange et habité : Meteora du grec Spiros Stathoulopoulos, qui pourrait créer la surprise. Enfin, « Just the wind « est également un film très abouti sur un sujet grave. Le tact de Bence Flieghauf a faire grimper la tension doucement mais surement risque fort d ‘avoir marqué les jures.

Impressions générales : de très beaux films (à quelques exceptions près), sombres, inquiets, hantés par l’enfermement (deux films sur la captivité ! A moi seule de Frédéric Videau et Captive de Brillante Mendoza).

Et, surtout, des films dans lesquels la nature occupe le rôle central : que ce soit dans L’enfant d’en haut, dans Gnade, dans Meteora, dans Barbara, dans Was bleibt, dans Rebelles, dans A moi seule, dans Captive, montagnes, forêts ou jungle emplissent l’écran et frappent l’imagination.

On résume : Ours d’or pour Rebelle ou L’enfant d’en haut (et l’argent pour l’autre) ? Mise en scène pour les frères Taviani ? Scénario ou prix d’interprétation pour Was bleibt ?

 

Resultats en direct de Berlin, DEMAIN, 20h.

Cesare deve morire, un grand film des frères Taviani
Nuremberg, la fin de Goering au Vingtième Théâtre
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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