Cinema

Cesare deve morire, un grand film des frères Taviani

Cesare deve morire, un grand film des frères Taviani

18 février 2012 | PAR Olivia Leboyer

Les frères Taviani, doyens de cette compétition, livrent un film étonnant et bouleversant : Shakespeare joué en prison, dans un jeu de résonances troublant.

On ne présente plus les frères Taviani (Padre Padrone en 1977, Le soleil même la nuit en 1990, Fiorile en 1993, etc.). Il y a dans leur cinéma une vraie simplicité, quelque chose de grave, presque recueilli. Le soleil même la nuit parlait de la foi avec une poésie extrêmement directe. Ici, dans Cesare deve morire, on retrouve cette même puissance d’évocation : Shakespeare parle et ses mots imprègnent la réalité du théâtre. D’ordinaire, ce sont des planches, des décors, un beau théâtre… Ici, le retour au réel est nettement plus frappant puisque la pièce se joue dans des cellules de prisonniers.
Aucun misérabilisme, aucun « effet » chez les Taviani, qui captent la beauté et la force de la langue de Shakespeare. On ne saura pas exactement pour quels crimes sont incarcérés ces hommes aux visages burinés que l’on voit interpréter les personnages de Julius Cäsar avec une passion, une énergie assez sidérantes. Rien d’édifiant : il ne s’agit pas d’une simple réhabilitation des criminels par l’art. A un moment, un détenu remarque que la pratique du théâtre, loin de constituer une évasion, un simple divertissement, appuie là où ça fait mal. C’est avec les vers de Shakespeare qu’il prend vraiment conscience de son enfermement. Shakespeare, on le sait, parle à l’homme dans ce qu’il a de plus nu.
L’universalité de Shakespeare, la magie du théâtre et le ici et maintenant terriblement contingent de la prison : le film est absolument saisissant.

Un grand film, sans conteste, et peut-être bien un ours !

Cesare deve morire, de Paolo et Vittorio Taviani, Italie, 76 minutes, avec Fabio Cavalli, Salvatore Striano, Cosimo Rega, Giovanni Arcuri. En compétition.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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