Cinema

Arras Film Festival, Jour 3 : Viggo et les jouets belges. Petits soldats, grands conflits de cinéma

Arras Film Festival, Jour 3 : Viggo et les jouets belges. Petits soldats, grands conflits de cinéma

16 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Humour et épure se sont fort bien mêlés, en cette troisième journée de festival. Ils nous ont tous deux conté des problèmes, de façon romanesque et distanciée. Racontons. Et rappelons qu’en ce tout dernier jour, les projections vous sont encore ouvertes…

Une fois n’est pas coutume, ce sont des teintes grises qui nous accueillent ce matin au sein de la compétition, pour ce cinquième film. Chance : elles sont assez belles. Le roumain Quod erat demonstrandum, d’Andrei Gruzsniczki, tourné en noir et blanc, nous conte la trajectoire de plusieurs personnages, dans les années 80, à l’époque de la dictature de Ceausescu. Particularité : leurs vies tournent toutes autour des mathématiques. Comme dans Fair play, certains rêvent d’Occident, et tout est écouté. Le film comporte des faiblesses : des protagonistes sont laissés sur le côté (l’ami intéressé, l’homme des renseignements façon Vie des autres) ; la photo noir et blanc ne produit que peu de vertige… On s’attache à Parvu, mathématicien génial ne pouvant rien publier en Roumanie, et à Elena, dont le mari, également chercheur en maths, est à l’étranger. Mais le film, en fin de compte, ne dit pas grand-chose du domaine mathématique, ni du naufrage des dictatures socialistes. Ce qu’on aime, c’est qu’il s’apparente à un parcours dans des abstractions. La science y règne, imprègne toutes les vies décrites. Vies que l’on voit aux prises avec les arcanes du régime, sous l’œil d’une caméra qui fixe ces dernières dans les yeux, et les observe, essayant de faire voir les idées qui se cachent derrière elles. Dommage qu’elle n’analyse pas plus.

On continue dans le malheur, mais avec un peu plus de gaieté. On s’aventure dans Aces (« Les Phénomènes »), film espagnol d’Alfonso Zarauza en compétition également, qui met en scène Nénette (Lola Duenas), jeune mère espagnole. Hésitant entre deux hommes, entre deux vies… Dans une Espagne en crise, bien entendu. Pas désagréable, ce film : les parties où Nénette fait la manœuvre sur un chantier au noir, entourée d’hommes, sont imprégnées d’humour. Mais le scénario finit par lasser : trop délié (à ce titre, il rappelle Pause), et trop explicatif à la fin. Comme dans le récent La Belle Jeunesse, le manque de distance des réalisateurs espagnols vis-à-vis de la terrible crise traversée par leur pays finit par être lourd.

On trouve heureusement notre bonheur en matière d’humour lors de la séance de 16h30. Stéphane Aubier et Vincent Patar y présentent leur nouveau court-métrage, La Bûche de Noël. Vingt-cinq minutes qui mettent en scène les personnages de Panique au village, le soir de Noël : Cowboy et Indien, qui ont fâché Cheval, doivent réparer leur bêtise s’ils veulent que le Père Noël passe pour eux. Peine perdue : dans cet univers suprêmement belge, chaque geste peut déboucher sur une conséquence grave. Et en fin de compte, ce court se révèle très impertinent, et pas vraiment moral… En avant-programme : Macropolis, sept minutes attachantes sur la différence chez les jouets, et le déjà très diffusé Petit Dragon (10 min.), qui met en scène un modèle réduit de Bruce Lee. Cette compilation, qui a pour titre Panique chez les jouets, sortira en salles le 26 novembre.

Las, la séquence humoristique s’arrête là. Monument to Michael Jackson, le film de la compétition qui suit, signé Darko Lungulov, ne fait pas rire du tout. Dans l’idée, il a tout pour être attachant… Sauf que son scénario est cousu de fil blanc. Qu’il semble avoir été imaginé un samedi soir, à une heure, à une terrasse de bar. Que le ton est anonyme. Que le rythme finit par lasser. Qu’il n’y a aucun fond. Et que tout s’achève dans la guimauve. Marko, coiffeur dans une petite ville de Serbie, a une idée pour attirer des touristes : édifier une statue de Michael Jackson sur la place. Car c’est l’époque où il a annoncé sa tournée de retour… Bien évidemment, chacun va réagir en fonction de ses intérêts. Le long de scènes stéréotypées et sans but… Un échec.

Pour finir, une avant-première. Loin des hommes, on retrouve Viggo Mortensen, seul dans les montagnes d’Algérie. Dans le rôle d’un instituteur ayant pour élève de jeunes enfants d’éleveurs, qui se trouve contraint d’accompagner un meurtrier (Reda Kateb) à la ville où il sera jugé. On découvrira bientôt qu’il a vécu la Seconde Guerre mondiale, que celle-ci le poursuit (nous sommes en 1953) et qu’il essaye en fait de sauver son compagnon. Loin des hommes a une signification claire. Sa forme a du sens : toute en ruptures, elle fait surgir des scènes d’action selon un rythme étudié. Ce film de David Oelhoffen, bientôt en salles, est une réussite mélancolique, qui impose un style et permet à l’odyssée Mortensenne en montagne de se poursuivre. Idéal contrepoids à l’humour qui aura traversé la journée. Pour lire notre critique de Loin des hommes, cliquez.

Visuels : Quod erat demonstrandum © Icon Production

Aces © ZircoZine / Maruxina

La Bûche de Noël (Panique chez les jouets) © Gebeka Films

Monument to Michael Jackson © This and That / Papa Films

Visuel Une : Loin des hommes © Michaël Crotto

Infos pratiques

La Villette
Opéra de Reims
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *