Cinema

Arras Film Festival, Jour 1 : des efforts, du plaisir, et un été islandais acide

Arras Film Festival, Jour 1 : des efforts, du plaisir, et un été islandais acide

14 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Premier jour de festival à Arras, et déjà, le grand écart dans les films. La plus grande détresse dans la journée, le plus grand bonheur le soir. Existe-t-il un juste milieu ? Hum… Lisez ! Et comme les projections vous sont entièrement ouvertes…

En ce sixième jour de festival, la compétition s’ouvrait, à l’Arras Film Festival. On y était donc, parés à voir les neuf films concourant. Mais avant de s’y aventurer, on a découvert un film de la section « Découvertes européennes ». Bébé tigre, premier long-métrage de Cyprien Vial. L’histoire de Many, jeune indien du Penjab envoyé en France par ses parents, afin de gagner de l’argent qu’il leur fait ensuite parvenir. Many, venu pour travailler, mais finalement pris en charge par l’Etat, dans le cadre de la loi sur les mineurs étrangers isolés. Many, âgé seulement de quinze ans. Cette première oeuvre, maîtrisée sur le plan technique, recèle un élément thématique fort : si notre jeune (joué par un non professionnel très bien dirigé, Harmandeep Palminder) se laisse attirer par l’illégalité, et travaille pour son passeur, on n’assiste cependant pas à une descente aux enfers. Car on continue à le voir étudier, Many. Rire avec ses amis. Vivre dans sa famille d’accueil… Bébé tigre n’est pas un constat sec, mais le portrait d’une fragilité. Un film qui s’attache à l’humain, avec un style simple, sans effets, sans fioritures. Qui transmet ce côté humain. S’il n’est pas extrêmement original, il touche. Grâce, peut-être, à ses personnages sans manichéisme. C’est déjà ca. La sortie de Bébé tigre dans les salles est programmée pour le 14 janvier 2015.

Ensuite, pour commencer la compèt’, rien de tel qu’une petite ouverture… islandaise. Chance : Paris of the North, de Hafsteinn Gunnar Sigurdsson, nous conte une page de la vie d’Hugi, prof de 37 ans plongé au coeur d’un été tout gris. En compagnie de son père qui n’arrange rien, de son ex, et de ses deux amis, dont l’un fut marié avec ladite ex. Jolie musique, belle interprétation, et surtout talent pour rendre la grisaille expressive : Paris of the North émeut. Il fait peu rire, mais il touche. Pour lire notre critique, cliquez.

On a continué dans la grisaille avec un portrait, en compétition, de la République tchèque des années 80, et de ses sprinteuses, dopées afin que leurs performances fassent rayonner le système. Avec, bien entendu, une jeune fille, Ana, s’y opposant. C’était Fair play, et c’était un peu trop classique. Ce film d’Andrea Sedlackova nous offrait une interprétation de qualité, mais son scénario trop classique (entraîneur vendu / petit ami dissident / mère confrontée à un choix), sa musique envahissante et le manque d’imagination de sa mise en scène l’amenait à s’échouer dans le classicisme. L’Atlas d’or, Grand prix du Festival, aide le film lauréat à être distribué en salles en France. Fair play pourrait s’y montrer pédagogique et avoir un peu de succès, mais…

On voulait, enfin, s’offrir un peu de légèreté. Un film pour remplir ce rôle ? Les Souvenirs, adaptation du roman de David Foenkinos par Jean-Paul Rouve. Présentée en avant-première. Ses thèmes sont graves : la mort, « les gens pas à leur place » (dixit notre réalisateur)… Mais Jean-Paul Rouve de préciser également, à l’issue de la projection, qu’il avait tâché, par rapport au livre, de rajouter des touches d’humour en plus… Effet garanti dans la salle. Et en fin de compte, Les Souvenirs est un film qui fait plaisir. Pas une grande réussite : des acteurs qui ne s’effacent pas assez par rapport à leurs personnages, un scénario mince… Mais du plaisir, il en procure. Pour lire notre critique, cliquez.

Pour finir, on a pu écouter Maleïka Project, dont les sonorités caribéennes, revues de manière à la fois rock, soul et jazz, ont su nous faire voyager. Le temps de longs morceaux, avec des impros, mais sans temps morts. Grâce, notamment, à un claviériste et un percussionniste très doués. Du soleil, avec des pointes d’amertume et de mélancolie : un petit résumé de la journée, en somme. On rappelle, au passage, que les séances de l’Arras Film Festival sont toutes ouvertes au public.

Visuels : Bébé tigre © Dharamsala & Darius Films

Paris of the North © Zik Zak Filmworks / Arizona

Les Souvenirs © Etienne George

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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