Cinema
[Cannes, Un certain regard] « La Belle Jeunesse » très amochée de Jaime Rosales

[Cannes, Un certain regard] « La Belle Jeunesse » très amochée de Jaime Rosales

19 mai 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Sans plus aucune volonté: telle est la jeunesse que dépeint le cinéaste, talentueux représentant de la nouvelle vague de réalisateurs espagnols, dans son dernier film. Avec des problèmes, mais sans débrouille à proposer pour les contrer. Avec un humour qui s’est fait la malle. Le tour de force, dès lors, est de nous les rendre proches, ces jeunes de vingt ans déjà passés du côté sombre. Chose faite, dans La Belle Jeunesse: malgré l’absence de musique, le scénario un peu déjà vu… on suit, et on tient.

[rating=3]

La Belle JeunesseA la fin de La Belle Jeunesse, Natalia et Carlos, les deux protagonistes, n’ont pas encore trente ans. Mis à part un bébé, ils n’ont rien fait. Et l’avenir ne leur sourit pas. Les pires pratiques ne les effraient plus: elles sont devenues leur quotidien.

Pendant une heure quarante, on les a suivis. Qu’avait-elle de si marquant, leur histoire ? Vraiment pas grand-chose. Des parents qui ne les ont pas assez poussés, dans le meilleur des cas. Une vie dans un pays en crise, où les petits boulots ne sont plus à pourvoir : « partir en Allemagne » est devenu le maître-mot. Des projets avortés, parfois d’avance : les rêves de camionnette de Carlos, par exemple. Ah si, tiens, une originalité: une fois, ils se sont faits filmer pour un porno à petit budget, à la sauvage. On les voit se présenter, sous forme de « casting »: ils sont rigolards, à l’aise, naturels. Plus rien n’a d’importance, déjà. D’où le bébé.

D’où vient qu’avec cette sinistrose terrible, Jaime Rosales parvienne à nous tenir intéressés ? De son talent de réalisateur, tout simplement. Grâce à sa façon de filmer, très proche des visages, avec un usage du champ/contrechamp qui « piège », qui capte les moments critiques, il atteint au réel, recréé pourtant. Le scénario aligne pas mal de figures imposées, déjà vues ailleurs. Tout demeure obstinément gris à l’image : la mère obèse et infirme de Carlos, les murs des appartements, le climat… Jusqu’aux photos, messages MSN et extraits de jeux électroniques qui font parfois office d’ellipses. Ce cinquième film à sortir sur nos écrans n’est sans doute pas le meilleur de Rosales, dans la mesure où l’incursion de l’extraordinaire n’y bouleverse pas assez la réalité. Qu’importe : on suit celle-ci, intéressés. Même si on se doute déjà de l’issue, tout en espérant qu’elle change…

La Belle Jeunesse, un film de Jaime Rosales, avec Carlos Rodriguez, Inma Nieto, Fernando Barona, Juanma Calderon, Patricia Mendy, Miguel Gardiola. Drame espagnol, 1h43.

Visuels: © Fresdeval Films SI

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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