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[Portrait] Reda Kateb : l’acteur français le plus intense du moment, meilleur second rôle aux César 2015

[Portrait] Reda Kateb : l’acteur français le plus intense du moment, meilleur second rôle aux César 2015

21 février 2015 | PAR Gilles Herail

Ça y est. C’est fait. L’académie des César a récompensé vendredi soir le talent de Reda Kateb avec la statuette du meilleur second rôle. Il méritait le premier rôle mais sa carrière connait actuellement une fulgurante accélération. En France et à l’étranger, dans le cinéma d’auteur ou les films populaires, Reda Kateb impose son intensité naturelle, qui rend chacun de ses rôles trouble et passionnant. Portrait.

Reda Kateb débute chez Jacques Audiard dans Un Prophète, il y a six ans. Tout s’est depuis enchaîné très vite. Avec de nombreux seconds rôles de premier plan, dans Qu’un seul tienne les autres suivront, Pieds nus sur limace, Une histoire d’amour, Trois Mondes etc. Arrive ensuite Garde du Nord de Claire Denis, où il incarne un jeune sociologue écrivant son mémoire sur l’organisation de la gare, ses métiers, ses habitudes, ses règles, ses histoires. Qui rencontre et tombe amoureux d’une femme plus âgée, Nicole Garcia, avec qui il prendra l’habitude de se retrouver entre deux trains. Garde du Nord symbolise bien les choix de carrière et les qualités de Reda Kateb. Du cinéma d’actualité, social, ne reléguant pourtant pas le romanesque au second plan. Reda Kateb, son visage, son phrasé particulier, sa démarche et son regard s’imposent à chaque apparition. A la fois crédible pour incarner un métier, ancré dans le réel. Mais gardant l’étincelle qui pourrait toujours tout faire partir en vrille.

2014 confirme l’ascension de l’acteur qui devient un nom reconnaissable sur les affiches. Avec le premier rôle de Qui Vive, film d’auteur naturaliste sur la lente usure de la banlieue, qu’il porte à lui tout seul. Donnant toute son ambivalence et sa complexité à une chronique sur le risque de découragement d’un homme qui veut simplement pouvoir tracer sa petite route. Reda Kateb est encore une fois magnétique mais c’est Hippocrate qui le révèle au grand public. Une comédie dramatique sociale, chronique réaliste de la vie d’un hôpital. Il y incarne un FFI, médecin étranger expérimenté, faisant le boulot pour moins cher, qui travaille aux côtés du jeune interne incarné par Vincent Lacoste. En volant une nouvelle fois la vedette à l’acteur (en théorie) principal, donnant de l’humanité et de la profondeur au personnage le plus intéressant du film. Celui d’où part la charge militante et les dénonciations du film. On retrouvera cette année Reda Kateb dans plusieurs films français (La résistance de l’air et  l’Astragale notamment). 

Mais l’intensité étrange de cet acteur prometteur traverse les frontières et s’adapte dans plusieurs langues. Après un rôle dans Zero Dark Thirty, il s’est retrouvé aux côté de Viggo Mortensen dans Loin des Hommes, sorti au mois de janvier. Il sera de la partie pour Lost River de Ryan Gosling bientôt en salles. Sa carrière ne fait que commencer mais sa filmographie se remplit très vite, en accumulant des noms prestigieux et des projets toujours aussi intéressants. Le charisme est là, naturel. L’intensité aussi. Et sa touche de décalage, d’étrangeté, pourtant ancrée dans le réel, est sans équivalent. Ce premier César mérité en appellera d’autres. Il aurait pu avoir celui du meilleur premier rôle mais sa nomination en catégorie second rôle lui a permis de parler lors de son discours de remerciement de cette « chose collective à l’intérieur du métier d’acteur ». La grande classe.

A lire aussi sur toutelaculture, notre live report des César 2015, par Geoffrey Nabavian. 

Gilles Hérail

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Gilles Herail

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