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Le vent se lève il faut tenter de vivre : une vie de passions sur les ailes de Miyazaki

Le vent se lève il faut tenter de vivre : une vie de passions sur les ailes de Miyazaki

14 décembre 2013 | PAR Sandra Bernard

 

 »Le vent se lève, il faut tenter de vivre » dernier Miyazaki (en date) s’avère être un condensé des thèmes de prédilections de sa carrière. Délicat et poétique, il nous emporte dans l’un des plus vieux rêves du réalisateur : l’aviation.

[rating=5]

Le vent se lève s’inspire en grande partie de la vie de Jiro Horikoshi (1903-1982), l’ingénieur japonais à l’origine du célèbre avion de combat Mitsubishi A6M1 Zero. Le film suit Jiro, le personnage principal rêveur et fondamentalement gentil, tout au long de ses années de recherches, pour créer l’avion de ses rêves, qui s’élèverait tel un oiseau blanc, et suivre les pas de son modèle Giovani Caproni. Sa passion aidant, et malgré son jeune âge, il se retrouve rapidement employé par Mitsubishi qui ne tarde pas à reconnaitre ses capacités et à lui confier divers programmes, afin de permettre à la société et au Pays tout entier de rattraper le retard accumulé dans le domaine aéronautique. Cette passion lui permet également de surmonter toutes les difficultés et tragédies que rencontre le Japon du début du XXe siècle : tremblement de terre du Kantô, dépression de 1923, épidémie de tuberculose, guerres avec la Chine, la Corée, la Russie, montée du fascisme, etc. Bien que la vie de Jiro se soit poursuivie jusque dans les années 1980, l’histoire s’arrête à la création du célèbre et redoutable Zero. Cet avion de chasse à la fois rapide, très maniable et particulièrement terrifiant qui a permis à l’aéronavale japonaise de dominer la zone Pacifique de la fin des années 1930, avec la guerre sino-japonaise, et les premières années de la seconde guerre mondiale.

Outre la vie de Jiro Horikoshi, Miyazaki s’est également largement inspiré de l’ouvrage Le vent se lève, écrit par Tatsuo Hori dans les années 1936-1937, pour le personnage de la belle Nahoko, seul amour terrestre de Jiro, au destin tristement tragique.

L’on sait combien Miyazaki aime les avions et autres machines volantes, aussi, ce film sonne comme l’accomplissement de son propre rêve, à l’image de Jiro, son personnage. Au fil des deux heures que dure le long métrage, on retrouve des machines volantes rappelant Nausicaä de la vallée du vent et Le château dans le ciel. De même, l’on se remémore la part d’ombre du conflit du Château ambulant. Mais surtout, l’on ne peut s’empêcher de penser à Porco Rosso, tellement festif malgré une pointe de nostalgie. Dans ce presque biopic inspiré, la magie prend une autre forme ; point de kami et autres manifestations folkloriques, mais place à la magie des sentiments : rêve, amour, amitié, espoir s’entremêlent, nous rappelant que ce sont les vrais moteurs de la vie et qu’ils permettent de traverser les époques les plus troublées et surmonter les drames. Ainsi, le titre « Le vent se lève, il faut tenter de vivre » extrait d’un poème de Paul Valéry, fait non seulement référence au personnage de Nahoko, mais également à la volonté de vivre inébranlable des personnages principaux.

En effet, malgré son aspect lumineux, l’ombre du conflit plane en permanence sur le récit. Car si le rêve de l’Homme a toujours été de voler comme un oiseau, bien vite les militaires ont vu les bénéfices que pouvaient représenter les objets volants comme les avions et autres dirigeables, que ce soit pour la surveillance, la reconnaissance ou les funestes bombardements.

Comme toujours, l’histoire est fluide et même les nombreuses et longues ellipses ne perturbent en rien le visionnage. L’on s’attache vite aux principaux protagonistes. Reconnaissable entre mille, la patte graphique du studio Ghibli, toute en rondeur, aux personnages hauts en couleurs, très expressifs, tellement énergiques et vivants, évoluant dans de magnifiques décors, est complétée par une bande son très originale, mettant l’accent sur les bruitages de moteurs à la tonalité étonnamment humaine. L’on retrouve également les envolées de violons, typiques des productions du studio.

Une fois de plus, Miyazaki nous transporte dans un monde d’émotions avec, comme fil conducteur, le rêve et l’amour et, comme principal message, l’importance de la volonté de vivre et la poursuite de ses rêves. Un grand Miyazaki à voir et à revoir pour petits et grands.

Visuel du film : © Affiche du film et © Nibariki – GNDHDDTK

Informations pratiques :

Date de sortie 22 janvier 2014, 2h06 min, Réalisé par Hayao Miyazaki, Avec les voix d’Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima, Genre Animation , Biopic , Drame, Nationalité : Japonais

 

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

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