Théâtre
Yuri Yamada comprend le patriarcat au Festival d’Automne

Yuri Yamada comprend le patriarcat au Festival d’Automne

08 novembre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 9 novembre, la metteuse en scène, comédienne et scénariste s’empare des archaïsmes à la Maison de la culture du Japon à Paris, dans Et pourtant j’aimerais bien te comprendre, une pièce surréaliste.

Monde d’avant

Pendant l’entrée du public, deux bonnes nous saluent avec pudeur, sur la pointe de leurs tout petits pieds rendus minuscules par de fines ballerines. Des bonnes oui, toutes de gris vêtues, tout droit sorties du XIXe siècle. Que font-elles là ? Rien n’a l’air à sa place. Le décor est celui d’un salon tout à fait XXIe siècle, avec son lot d’objets chinés, de plantes vertes et de mobilier suédois. Et puis, les deux domestiques portent leur cheveux en un cône bien long et bien dur planté sur leurs crânes. Vous la voyez la métaphore ? Le patriarcat posé sur la tête des femmes, jusqu’aux racines ?

C’est exactement ce que Yuri Yamada veut nous faire comprendre. Elle raconte dans l’entretien qui constitue la feuille de salle : « Le Japon est très mal classé dans le rapport du Forum économique mondial sur les inégalités femmes-hommes. En 2021, sur 153 pays, il se retrouve à la 120e place. Pour donner un ordre d’idée, la France est en 16e position, la Corée en 102e, la Chine en 107e. » Les stéréotypes sont bien gardés, bien au chaud.

Un réel surnaturel

Nous sommes dans une scène classique de la vie d’un jeune couple, Kô et Turo. Voilà, ils s’aiment, et elle apprend qu’elle est enceinte, sauf qu’elle n’a pas envie d’un enfant maintenant car ils ne vivent pas ensemble et sa carrière décolle. Elle ne sait ni comment lui dire qu’elle attend un enfant ni comment lui dire qu’elle ne veut pas de cet enfant.

La mise en scène est à la fois minimaliste et démentielle. Il ne se passe pas grand-chose dans ce huis-clos ; mais la folie est partout. L’omniprésence des domestiques qui on le comprend surgissent du passé, rend toutes les scènes étranges.

Le rythme est lent comme dans une danse buto et les codes de la société japonaise, ceux de la discrétion et de la pudeur, nous sautent aux yeux. C’est le drame mais pour le moment rien n’explose, pour le moment seulement.

Plus elle fait avancer son histoire, plus Yuri Yamada la brouille. Elle lui fait quitter tout fil rationnel, et plus rien n’a de sens. Plus la pièce s’enfonce dans le fantastique, plus elle devient intéressante.

Et pourtant j’aimerais bien te comprendre vient dire que pour se comprendre il faudrait se mettre physiquement à la place les uns des autres en avalant une belle dose de surnaturel !

Cette pièce aussi délicieuse que pertinente et donc à voir jusqu’au 9 novembre, à la Maison de la culture du Japon à Paris.

À noter que ce soir, 8 novembre, une rencontre avec Yuri Yamada est prévue à l’issue de la représentation.

Visuel : © Kengo Kawatsura

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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