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Le cinéma israélien : Origine et politique, par Moshe Zimerman

Le cinéma israélien : Origine et politique, par Moshe Zimerman

15 novembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Datant de 2003, le premier livre de l’historien et réalisateur du film Pizza à Auschwitz (2004), Moshe Zimerman dresse un portrait du cinéma Israélien des origines à 2000. Il nous vient traduit de l’anglais et annoté par Christophe Jouanlanne aux éditions G3J.

Pour cette occasion c’est Nadav Lapid, le cinéaste israélien vivant à Paris et primé à Berlin pour Synonyme qui signe une préface habité sur son art et la particularité de la pratiquer en israël : « Quand je pense à la camera, c’est comme un angle droit, un soleil clair brûlant, un mur blanc (…) Là, dans le rire sérieux, dans l’être qui se danse et se trémousse merveilleusement face à un mur blanc, se situe pour moi la vérité de l’instant israélien, celui qu’il faut filmer ».

Après cette déclaration amoureuse, le niveau d ’exigence est donné et il est impérieux. Dans une vision du cinéma nécessairement très politique, où il viendrait parler d’un inconscient collectif orchestré par la classe dominante, comme dans les théories allemandes des années 1930 à la Lotte Eisner, c’est de manière thématique que Moshe Zimerman aborde le cinéma israélien comme un lieu où l’esthétique et le succès public sont le fruits de luttes de pouvoir.

Après avoir expliqué pourquoi et comment le cinéma de Uri Zohar et particulièrement Un Trou dans la lune (1963) est premier, le livre s’intéresse à la censure : exigée et auto-imposée et la place dans le fil de la tradition coloniale anglaise et l’idée des élites que la liberté peut nuire à la sécurité. Partant du constat que le cinéma de l’Entre-deux guerres est sioniste : « Autrefois, le cinéma israélien était impérialiste, jeune et éternel », l’auteur montre que les choses n’ont pas beaucoup changé : Il marque l’importance des scènes de commémorations, analyse le sentimentalisme des musiques folkloriques.

Il note aussi dans les films supposés être « rebelles » face au systèmes et marqueur d’une nouvelle génération comme Late Summer Blues de Renen Schorr (1987) l’utilisation de « faux dilemmes » ou fausses remises en cause des idéologies dominantes, qu’il juge « amorales ». Et le cinéma de Tel-Aviv est perçu comme une bulle, incapable de remettre en cause les tendances lourdes de cet art et de son utilisation politique.

C’est dans le documentaire que Moshe Zimerman perçoit réellement la possibilité d’un cinéma israélien vraiment libre et acteur aussi bien qu’accompagnateur de changements profonds dans la société, à partir de la guerre de 1973. Evidemment, nous restons un peu sur notre faim alors que le livre s’arrête en 2000, qu’Amos Gitaï est à peine évoqué, que les grands films interrogeant les vétérans de la guerre du Liban (Ari Folman, Joseph Cedar) sont absents, de même que les grandes farces comme Atomic Falafel de Dror Shaul ou le cinéma intimiste de Ronit et Shlomi Elkabetz ou de Tomer Heymann.

Une histoire passionnante qui nous rappelle combien le cinéma est politique et dont on aimerait lire la suite.

Moshe Zimerman, Le cinéma israélien, 1948-2000, trad. Christophe Jouanlanne, éditions G3J, septembre 2020.
Visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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