Théâtre

Sortir de sa mère / La Chair des tristes culs, un diptyque de cabaret tendre signé Pierre Notte au Rond-Point

Sortir de sa mère / La Chair des tristes culs, un diptyque de cabaret tendre signé Pierre Notte au Rond-Point

09 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

Le talentueux dramaturge de « Moi aussi je suis Catherine Deneuve« , « Pour l’amour de Gérard Philippe » et « Deux petites dames vers le Nord » investit son fief du Théâtre du Rond Point (il y est conseiller et auteur associé) en ce début d’année 2013. C’est avec deux pièces qu’il a écrites, qu’il met en scène, pour lequel il a composé une trentaine de chansons et qu’il joue avec 3 complices que Pierre Notte séduit ce cocon confortable qu’est la salle Roland Topor. Si « Sortir de sa mère » avait déjà été donné au off d’Avignon (voir notre critique), au Théâtre du soleil en 2011, le deuxième membre de ce diptyque, « La chair des tristes culs », est une pièce inédite et délicieusement grinçante. Deux pièces de Pierre Notte en hiver, c’est deux fois 1h15 de talent pur, d’écriture puissante et de vraie joie qu’on aurait tort de ne pas s’offrir…

Dans « Sortir de sa mère », la mort du père laisse une mère (Chloé Olivères qui chante aussi juste qu’elle joue) avec Alzheimer et, comme d’habitude, urne funéraire, sur les bras d’un drôle de couple frère-soeur. La lecture du testament est l’occasion pour le frère (excellent Brice Hillairet) de découvrir que son père ne l’a pas reconnu. Du coup, seule la sœur (Tiphaine Gentilleau) hérite: une garçonnière à Montmartre. Lui n’a qu’une valise dans ledit appartement… Dans la valise une nuisette blanche qui pourrait bien le mettre sur les traces de sa vraie mère et de tout ce que l’amour de cette figure si centrale dans l’univers de Piette Notte comporte.

Dans « La chair des tristes culs, une seule pièce est à la fois la plage paradisiaque où s’étend la lascive Brigitte Bardot (Tiphaine Gentilleau) et la cuisine d’une femme (Chloé Olivères) bien décidée à se remettre de l’abandon de son père en devenant une maîtresse crêpière. Mais pour épicer ses crêpes, elle passe un pacte Faustien avec un désespéré qui doit se suicider chez elle. Mais, sans effusion de sang pour qu’elle transmue son corps en viande pour fourrer ses créations. Tous deux s’attendrissent sous le regard de la Bardot et finalement c’est la chair du cul vivant du jeune-homme qui sera donnée en pitance aux affamés. Quelques grammes d’humanité dans un monde qui revient à lui-même et à la joie.

Grinçantes, percutantes, chantantes, extrêmement bien écrites, et divinement interprétées, les deux pièces que Pierre Notte offre au Théâtre du Rond-Point ne dépareillent pas du reste de son œuvre. Liées par des références subtiles (la chanson « Les gens qui doutent » d’Anne Sylvestre par exemple, qu’on n’entendra pas), elles reprennent les basiques de l’univers de l’auteur : la figure populaire seventies (Elizabeth Taylor, puis Brigitte Bardot), l’humour noir, la tendresse, les gens qui doutent et bien sûr la figure marquante de la mère. Sur ce dernier point, les choses évoluent lentement et le père prend de plus en plus de place, sous forme de fantôme. Et interprété par Pierre Notte lui-même qui prend de l’envergure et de la bouteille sous son chapeau de commandeur. Alors que « Sortir de sa mère » commence lentement, la scène se met ingénieusement en branle très rapidement dans « La chair des tristes culs » qui culmine dans une ode non niaise aux joies simples et à l’amour. Un long spectacle bourré d’émotion, relevé par de petites chansons simples, pas  prétentieuses et très agréables grâce à leurs textes cyniques, et dont on sort à la fois avec le sourire et des tonnes de pensées en tête. Chapeau bas!

« Sortir de sa mère » /  » La chair des tristes culs » de Pierre Notte, pièces avec chansons de Pierre Notte avec Tiphaine Gentilleau, Brice Hillairet, Chloé Olivères, 1h15 chaque.

Sortir de sa mère – photo de répétitions © Patrice Leterrier

Les nommés aux Victoires de la Musique 2013
Barbara de David Lelait-Helo
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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