Théâtre
Safy Nebbou met en scène Laetitia Casta dans Clara Haskil, prélude et fugue 

Safy Nebbou met en scène Laetitia Casta dans Clara Haskil, prélude et fugue 

19 janvier 2022 | PAR Geraldine Elbaz

Jusqu’au 23 janvier 2022 au Rond-Point puis en tournée jusqu’en Grèce, Laetita Casta incarne la pianiste virtuose roumaine Clara Haskil et retrace sa vie avec justesse et émotion. Accompagnée au piano par Isil Bengi, la comédienne délivre un texte puissant signé Serge Kribus dans une mise en scène sobre et élégante. Un très beau moment de théâtre.

Chaplin disait : «  J’ai connu trois génies dans ma vie : Einstein, Churchill et Clara Haskil. »

Sur le plateau de la salle Renaud-Barrault, Laetitia Casta apparaît côté jardin dans un halo de fumée. Elle est étendue au sol, jambes fléchies et bras en croix. Une lumière blanche glaciale l’inonde et le noir règne tout autour. On distingue à peine le reste de la scène. Nous sommes en 1960 à la gare de Bruxelles et Clara Haskil vient de faire une chute, à la veille d’un concert.

De ce point de départ à la fois simple et esthétique, le public rentre dans l’histoire d’une vie, celle d’une pianiste prodige à fleur de peau, dont le parcours sensible sera marqué par les séparations, les souffrances, la maladie, les guerres mais surtout par une exceptionnelle virtuosité qui bousculera son destin. 

Issue d’une famille juive roumaine mélomane, Clara a deux sœurs musiciennes et une mère pianiste qui lui donnera ses premières leçons. A 3 ans, Clara Haskil reproduit, instinctivement et parfaitement au piano, les mélodies qu’elle entend. À 5 ans, elle est capable de rejouer une sonatine de Mozart après l’avoir écoutée une seule fois. Aussi brillante au piano qu’au violon, elle a 7 ans lorsqu’elle part à Vienne avec son oncle pour étudier le piano avant d’intégrer le Conservatoire de Paris. Marquée très tôt par le deuil de son père, Clara est une enfant fragile et délicate. 

« Vous jouez comme une femme de ménage ! » lui dit son professeur Alfred Cortot qui ne l’apprécie pas et la malmène. C’est Gabriel Fauré, le Directeur du Conservatoire, qui la prendra sous son aile. À 14 ans, elle remporte ses premiers prix de violon et de piano, donne des concerts puis part en tournée. Sa carrière est lancée mais malgré son immense talent, elle ne gagne que très peu d’argent.

Souffrant de la solitude et d’une scoliose qui l’oblige à porter un corset, elle a 22 ans quand elle perd sa mère d’un cancer, en pleine Première Guerre Mondiale. Clara traverse le XXe siècle tant bien que mal. La Deuxième Guerre Mondiale lui impose un exil en Suisse, où elle rencontrera Chaplin. La pianiste manque de confiance en elle, souffre d’un trac paralysant mais quand elle joue, c’est tout son génie mêlé d’hypersensibilité qui s’exprime et c’est sublime. 

Laetitia Casta, vêtue d’une robe austère agrémentée d’un col blanc brodé (Saint Laurent), porte sur ses épaules ce destin à la fois magnifique et tragique. Elle joue une partition subtile qui sonne juste et incarne tous les rôles : de la mère, à l’oncle en passant par les sœurs, jusqu’aux professeurs de piano… sans oublier le chat ! Elle module sa voix, ses intonations, change de posture. Son regard se fait tantôt innocent, apeuré, enfantin. Ou bien imposant, dur, autoritaire. On l’observe virevolter entre un Pleyel et un Steinway, qu’elle fait tournoyer dans une lumière éclatante. 

La mise en scène de Safy Nebbou, qui nous plonge dans une atmosphère froide et sévère, restitue la rigueur de ces années de vies difficiles. Les jeux de lumière, particulièrement efficaces, renforcent l’esthétique générale et magnifient le sujet. 

Isil Bengi nous offre une jolie prestation musicale et les notes de Mozart continuent de résonner bien après la représentation. 

Une belle performance, saluée chaleureusement par un public conquis.  

Visuel : © Edouard Elias

Clara Haskil – Prélude et fugue

Avec Laetitia Casta et Isil Bengi au piano – Texte de Serge Kribus – Mise en scène de Safy Nebbou

Au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 23 janvier 2022

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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