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Joker de Todd Phillips, la douce ascension qui mène à la folie

Joker de Todd Phillips, la douce ascension qui mène à la folie

09 octobre 2019 | PAR Lou Baudillon

Adulé par le public et la critique, sacré par un Lion d’Or à la Mostra de Venise, le Joker de Todd Phillips n’en finit pas de faire parler depuis ses premières sorties en salle. Le film revient sur le destin du célèbre super-vilain de comics et ennemi juré de Batman dans une oeuvre de pur cinéma, visuelle et intense. 

Rares sont les adaptations cinématographiques de comics de super-héros osants bousculer les codes de la super production hollywoodienne pour aller vers un cinéma plus dépouillé et plus intimiste. Logan de James Mangold avait prit le pari en 2017 de livrer une fable douce amère des derniers moments de la vie de l’un des plus célèbre X-Men ; Wolverine, fixant l’histoire sur l’homme derrière le super-héros, l’homme derrière le masque. Ici, le sujet n’est plus le héros mais bien son ennemi et ainsi l’homme derrière le vilain. Qu’est ce qui conduit à faire le mal ? Fidèle au personnage originel, le « Joker » est un homme dont la folie maladive conduit à faire le mal par simple plaisir de semer le chaos dans Gotham, ville fictive et allégorique de New-York, dans laquelle évolue Batman. Ici, Todd Phillips choisit de remonter aux origines du « mal » en peignant le portrait Scorsesien de Arthur Fleck, comique raté à la santé mentale déjà compromise, perdant peu à peu pied dans un Gotham City sale, sombre et au bord de la crise politique. Un clown triste en somme dont l’interprétation à la limite de l’anxiété physique qu’en donne Joaquin Phoenix émeut autant que glace le sang. 

On assiste alors à l’élévation crescendo d’un homme jusqu’à la folie brutale et meurtrière. Mais la maladie en est-elle la seule responsable ? Sur fond de satyre socio-politique, Joker montre la déchéance d’un homme malade et seul évoluant dans un monde dont la brutalité et le mépris pourrait conduire n’importe qui à la violence volontaire. La différence dans une société normalisée et l’accomplissement retrouvé dans la folie conduisent Arthur Fleck là où il est. Personnage culte, le Joker fait son apparition en 1940 dans le premier tirage de Batman. Mille fois réinventé (on se souvient notamment de la performance de Heath Ledger dans la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan), il apparaît ici une nouvelle fois sous les traits d’un homme tiraillé et empathique, rendu fou par un système nihiliste. C’est alors que tout au long des images exaltantes qui s’enchainent, naissent doucement les sentiments contradictoires. Évitant cependant soigneusement la confrontation entre le bien et le mal, le Joker de Todd Philipps redistribue les cartes du genre et nous laisse face à une expérience cinématographique tendue et intense, dont on ressort étrangement satisfait. En salle aujourd’hui.

 

 

Visuels : ©affiche originale

 

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Lou Baudillon

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