Pop / Rock

Un concert de Sebadoh, c’est un peu comme une réunion d’anciens élèves

Un concert de Sebadoh, c’est un peu comme une réunion d’anciens élèves

08 octobre 2019 | PAR La Rédaction

 

 

Sebadoh, Petit Bain (Paris), 7 octobre 2019

 

 

Ils sont tous là, ils n’auraient pas manqué ça. Ils ont atteint voire dépassé la quarantaine, ils ont pris un petit coup de vieux, quelques rides, parfois un peu de ventre… Mais leur enthousiasme est intact ; poli certes, mais authentique. Eux, ce sont les membres du public de cet unique concert en France de Sebadoh en 2019. Le rock abrasif mais sans aspérités des Canadiens de Dearly Beloved n’aura pas suscité l’enthousiasme en première partie ; tant pis, le public de Petit Bain écoute poliment et attend la suite. On ne va pas laisser ternir cette joyeuse occasion de retrouvailles pour si peu.

Une certaine idée de l’indie rock

 

Car plus qu’un son, Sebadoh c’est un état d’esprit. Moins pointus que Sonic Youth, moins accessibles que les Smashing Pumpkins, moins bizarres que les Pixies – et moins cultes que Dinosaur Jr., dont le bassiste Lou Barlow fonda ce side project en 1987 – Sebadoh, c’est une certaine idée du rock indépendant des années 90, à mi-chemin entre colère et spleen, esthétique lo-fi et amour des mélodies pop. Les années passent, les albums aussi, mais l’essentiel demeure. D’ailleurs ce soir, le trio du Massachussetts aura largement privilégié les chansons issues de son vaste catalogue plutôt que du dernier en date, Act Surprised, pourtant prétexte de cette tournée. 

 

Cette part belle faite au passé n’est pas pour déplaire aux quadras barbus (votre serviteur inclus) qui ont rempli la cale de Petit Bain ce soir. C’est sans doute cela qui donne à ce concert un parfum de mélancolie : celle d’une jeunesse révolue, d’une époque où l’unique moyen d’écouter Bubble & Scrape (1993) ou Harmacy (1996) était d’en acheter le CD, où Spotify et Instagram n’avaient pas encore révolutionné le fonctionnement de l’industrie musicale. Une époque qui ne dira pas grand-chose à ceux qui avaient l’âge du bébé figurant sur la pochette de Bakesale au moment de sa sortie en 1994. Mais ceux qui se souviennent avaient rendez-vous ce soir. 

Sans tambours ni trompettes

 

Le groupe, lui, est à l’image de ses fans : content d’être là, de jouer sa musique sans artifices ni excès. La voix de Lou Barlow est toujours aussi douce et précise, celle de Jason Loewenstein toujours aussi âpre et nonchalante. Le fait que les deux musiciens s’échangent, sur album comme sur scène, le poste de guitariste-chanteur a toujours fait partie de l’identité si particulière de Sebadoh. Pour le reste, tel un Spinal Tap de l’indie rock, le groupe a changé de batteur de nombreuses fois au cours de sa carrière. Ce soir, comme c’est le cas depuis 2011, c’est Bob D’Amico qui officie derrière les fûts.


Le groupe entame donc son set avec « Beauty of the Ride », « Not a Friend » ou encore « Not Too Amused », des chansons qui n’ont pas pris une ride malgré leur quart de siècle d’existence. Le reste est à l’avenant, ponctué de quelques chansons plus récentes qui, mis à part le fait que, fatalement, elles ne sont pas ancrées dans la culture musicale fondamentale du public, ne se distinguent guère des plus anciennes. Sebadoh a su garder sa patte à travers les décennies ; c’est ce soir particulièrement flagrant.

 

On ne distingue guère non plus le visage de Lou Barlow derrière son épaisse tignasse bouclée ; qu’à cela ne tienne, quelques minutes seulement avant de monter sur scène, il était derrière la table de merchandising en train de discuter avec des fans. Ce soir, on était entre amis.

 

Patrick Haour

Visuel : ©Bryan Zimmerman

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