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Cécile Debray et  Stéphane Ibars nous parlent de ¡ Viva Villa !  à la Collection Lambert

Cécile Debray et Stéphane Ibars nous parlent de ¡ Viva Villa ! à la Collection Lambert

08 octobre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

 ¡ Viva Villa !  se propose d’être le médiateur entre les artistes résidents des trois institutions que sont la Casa de Velázquez, la Villa Kujoyama et l’Académie de France à Rome – Villa Médicis. En plus de la présentation des œuvres des artistes dans les espaces d’exposition, films, concerts, lectures, danse, théâtre et performances auront lieu !  Rencontre avec Cécile Debray, commissaire de ¡ Viva Villa ! depuis sa création en 2016 et Stéphane Ibars est responsable de la programmation artistique, des relations publiques et de la programmation culturelle de la Collection Lambert. 

Pourquoi la Collection Lambert a-t-elle été choisie pour accueillir cette nouvelle édition de ¡ Viva Villa ! ?

CD : C’est une chance pour le festival ¡ Viva Villa ! d’être accueilli à la Collection Lambert car c’est un lieu très identifié et très exigeant de l’art contemporain, un lieu équipé aux normes muséales, qui permet de montrer de façon optimale les œuvres de ces jeunes artistes. Par ailleurs, nous souhaitions continuer à travailler avec le soutien de la Région Provence Alpes Côte d’Azur qui s’est montrée dès le début enthousiaste à l’égard de ce projet.

SI. A l’occasion de la préparation de l’édition précédente, une partie de l’équipe de ¡ Viva Villa ! était venue me rencontrer à Avignon. Nous avions échangé et j’avais trouvé le projet extrêmement intéressant, avec beaucoup de liens avec le travail que nous effectuons pour les jeunes diplômés des écoles d’art françaises. Nous avions tout de suite imaginé qu’une collaboration future pourrait être développée en profondeur. Il ne s’agissait que de désirs partagés et de belles intentions mais j’ai ensuite été invité à participer à une table ronde lors de l’édition 2018 et ai pu brièvement rencontrer Cécile Debray.

Plus tard Alain Lombard, le directeur de la Collection Lambert m’a annoncé que nous pourrions accueillir le festival en 2019. J’ai bien évidemment été ravi de voir que les intentions premières pouvaient se concrétiser. Cécile Debray est rapidement venue nous présenter son projet et nous lui avons laissé toute liberté pour occuper d’abord le bâtiment dédié aux expositions temporaires, l’Hôtel de Montfaucon.

Lambert est un musée qui déborde souvent de son cadre. C’est même l’un des lieux du Festival d’Avignon, alors, quelle sera la part donnée aux spectacles dans cette programmation ?

CD : La caractéristique du festival ¡ Viva Villa ! est la pluridisciplinarité qui est celle des trois grandes résidences – la Villa Médicis, la Casa de Velázquez et la Villa Kujoyama – : arts plastiques (peinture, vidéo, gravure, photographie, installation…), composition musicale, design, métiers d’art, littérature, histoire de l’art, architecture, danse, théâtre… Ainsi nous articulons ¡ Viva Villa ! en trois types de « monstrations » : l’exposition qui reste ouverte au public pendant quatre semaines et montre essentiellement les œuvres des plasticiens (mais pas seulement), un catalogue qui accorde une place spécifique à l’écriture, donc aux écrivains et historiens d’art, et un week-end d’inauguration sous forme de festival « arts vivants » avec performances danse, lectures, représentations théâtrales et concerts, qui se déploient dans l’ensemble des espaces de la Collection Lambert..

Comment travaillez vous ensemble ? Quel est le rôle de chacun ?

SI : Dans un premier temps il a été question que nous accueillons simplement le projet, conçu entièrement par ¡ Viva Villa ! et Cécile Debray. C’est elle qui a pensé l’exposition et la programmation de toute parts. Mais les liens intellectuels entre nous et les différents projets que nous menions se sont avérés très présents. Cécile Debray a pris du temps pour me raconter l’exposition qu’elle entendait créer. Aussi j’ai été très séduit et j’ai eu envie que les choses ne soient pas si séparées qu’elles pouvaient l’apparaître au départ. J’ai considéré que nous ne pouvions pas simplement accueillir ce beau projet mais qu’il fallait l’inviter à pénétrer davantage nos espaces et notre singularité. J’ai donc invité Cécile Debray à organiser sa programmation de concerts, performances, danses, au sein de l’exposition des oeuvres de la Collection Lambert que j’ai réalisée et ouverte au début de l’été, en demandant aux résidents de déplacer leur propos dans ces espaces déjà chargés sur le plan sensible. J’aime par dessus tout cet aphorisme de Lawrence Weiner — Penser/Déplacer — et trouve toujours un moyen d’en faire la base d’une relation avec des artistes, curateurs, programmateurs. Nous avons aussi décidé de transformer une des salles de l’hôtel dédiées aux oeuvres de la Collection en salle vidéo. Il s’agit de la Salle Toroni qui va accueillir une oeuvre d’Ange Leccia. J’aime beaucoup cette idée car dans l’exposition que j’organise ensuite, Collectionner au XXIème siècle, une oeuvre du même artiste sera présentée dans la même salle. Les liens se tissent donc à travers les espaces occupés mais aussi le temps.

Une question pour vous, Cécile Debray : vous commencez à avoir du recul sur cette mise en relation de ces hauts lieux de résidence. Pouvez-vous dresser un bilan de ces 4 années ?

CD : Question complexe alors que l’on prépare intensément la prochaine édition. Ce festival est encore en construction et chaque année, sa forme est plus aboutie, plus complète. Cette année, comme je vous le disais, il s’installe dans un lieu de très grande qualité, nous publions un catalogue, nous allongeons la durée de l’exposition afin d’obtenir une plus grande visibilité publique, médiatique et professionnelle. S’il faut parler de bilan, il est bon de constater qu’en quatre ans nous avons construit un événement qui offre une forme de jauge de la jeune création contemporaine, très particulière dans sa pluridisciplinarité. On pourrait presque parler du pouls de la création d’une génération… Nous devons poursuivre et renforcer cet ancrage dans le paysage de la scène contemporaine et continuer cette progression qualitative.

L’apport de ¡ Viva Villa ! est bien d’expliciter par le biais de l’art, le rôle et la place de ces grandes résidences artistiques nationales, de faire le pari des grands artistes de demain, de l’excellence de la création en France.

Stephane Ibars : Le festival ¡ Viva Villa ! a pour vocation de réunir chaque année les œuvres des résidents de trois prestigieuses résidences artistiques – la Villa Médicis, la Villa Kujoyama et la Casa de Velázquez mais est-ce que l’exposition dont le fil est « La fin des Forêts » rassemble également des pièces de la collection ?

Il y avait déjà beaucoup à montrer du côté des résidents. Nous avons préféré, comme je le disais, créer de la porosité entre les espaces et les expositions. Simplement je concevrai un accrochage dédié au Land art dans deux salles de l’Hôtel de Caumont afin d’accueillir la proposition d’un résident qui travaille sur l’oeuvre de Robert Smithson.

Comment avez vous pensé la relations entre les œuvres ?

CD : Le commissariat du festival ¡ Viva Villa ! consiste à réunir les œuvres des résidents et lauréats selon un fil conducteur qui construit l’exposition. C’est à la suite de mes visites des différents ateliers et de mes échanges avec les artistes que les thèmes du paysage, de l’écologie, de l’effondrement et du rapport au passé et à la mémoire se sont imposés comme fédérateurs. J’ai emprunté le titre « La fin des forêts » à la pièce que prépare le chorégraphe Benjamin Bertrand, lauréat de la Villa Kujoyama. Et par une sélection des œuvres, en faisant des rapprochements, des contrepoints, nous avons bâti un parcours en cinq sections autour des thématiques larges mais dont la succession semble dessiner une narration ou tout du moins une réflexion : Présent anthropocène/Effondrement, Imaginaires écologiques/Herbiers, Rémanences/Vestiges, Mémoire d’éléphant, Anamorphoses

Concrètement , que pourrons nous voir ?

CD : Le parcours de l’exposition s’ouvre sur une œuvre vidéo d’Ange Leccia, artiste reconnu qui a accepté de montrer un de ses premiers films réalisé à la Villa Medicis alors qu’il y était résident, en 1982, et qui montre les fameux pins centenaires, tombés cet hiver. Cette ombre tutélaire et poétique, introduit à l’exposition qui mêle peintures, herbiers, gravures, effigies, vidéos, œuvres sonores, photographies, installations et pièces de design…. chaque section est explicitée par un texte court et une citation littéraire ou philosophique, chaque œuvre par un cartel développé. Un cycle de films est projeté en boucle à l’auditorium. Durant le week-end d’inauguration, du 11 au 13 octobre, des performances musicales et chorégraphiques, des lectures, des présentations de jeu vidéo animeront l’ensemble de la Collection Lambert et l’auditorium accueillera des représentations théâtrales et des conférences.

Il y aura donc beaucoup à voir, à entendre, à expérimenter, à penser et à débattre… les 14 et 15 octobre, deux journées de tables rondes, de rencontres autour des résidences artistiques réuniront professionnels, artistes, commissaires. Enfin, les quatre jeudis de la Collection Lambert accueilleront des artistes résidents pour des conférences ou dialogues.

Cette manifestation est vivante, généreuse et ouverte.

J’espère que le public sera nombreux.

Du 11 octobre au 10 novembre, à la Collection Lambert, 5 Rue Violette, 84000  Avignon. Plus d’info ici

Visuel : © ¡ Viva Villa !

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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