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« J’accuse » : fresque magistrale et film important de Roman Polanski

« J’accuse » : fresque magistrale et film important de Roman Polanski

13 novembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Lion d’argent à la Mostra de Venise, le nouveau film de Roman Polanski quitte le théâtre intime de Carnage (2011), la Vénus à la Fourrure (2013) et D’après une histoire vraie (2017) pour taquiner, avec majesté et grandeur le vent de l’Histoire. Une perspective solide et originale sur l’Affaire Dreyfus qu’il actualise par le point de vue intéressant du Colonel Picquart, un événement clé de notre République pour rappeler, au bon moment, les valeurs qui nous importent.

Adaptation réussie du roman du britannique Robert Harris, Compte rendu du D. (Plon, 2014. Robert Harris est aussi co-scénariste de J’accuse et de Ghostwriter), J’accuse saisit l’Affaire Dreyfus (Louis Garrel méconnaissable dans le rôle d’un personnage rigide et somme toute antipathique) après la condamnation du capitaine destitué et envoyé à l’île du Diable, au moment où le Capitaine Picquart (Jean Dujardin) prend la tête du Contre-Espionnage et réalise que le vrai coupable de la fuite est le commandant Esterhazy. La suite est le long combat d’un officier plutôt sensible à l’antisémitisme, pour rétablir la vérité au sein d’une institution à qui il a donné sa vie et qui le poursuit au plus haut niveau comme traître. Cette quête d’un officier rencontre à temps le politique, notamment lors du fameux texte de Zola en 1899, pour tresser le discours d’une certaine idée de la Justice en République.

« Les grands sujets font souvent des grands films », écrit Polanski dans le dossier de présentation du film. Même si l’on ne peut s’empêcher de voir en Dujardin persécuté un double casqué de Polanski, le propos est ici résolument politique. Et le film, un film en costumes. Extrêmement bien structuré, armé de dialogues qui savent garder la raideur nécessaire pour parler de justice et d’honneur sans jamais tomber dans le suranné, le film nous emporte dans l’univers de la Troisième République. Parée de costumes parfaits, son image légèrement teintée de gris et son fil tissé selon un rythme parfait, cette fresque historique nous fait vivre de l’intérieur une des plus grandes querelles politiques françaises. Interprété avec brio et par Jean Dujardin, Louis Garrel et Gregory Gadebois, et par une liste de grands de la Comédie Française (Eric Ruff, Didier Sandre…) avec dans chaque petit rôle un visage connu (Vincent Perez en ami de Picquart, Melvil Poupaud en avocat, Damien Bonnard en détective, Mathieu Amalric en expert calligraphe) et avec pour seule femme, une Emmanuelle Seigner toujours plus fraîche, J’accuse sait, à la fois, nous faire entrer avec précision dans les méandres de l’Affaire et nous faire ressentir ses enjeux.

Le film réactive avec brio la question de savoir selon quelles valeurs communes nous voulons vivre. Il pose la question d’un au-delà de l’ordre, raconte sans triomphalisme exagéré et avec toutes les ellipses nécessaire, et nous fait vivre le temps long de cette grande controverse, une vraie victoire de la Justice et de la République. Toute une série de questions et de rappels dont nous avons bien besoin et qui résonnent fort en notre temps.

J’accuse de Roman Polanski, avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Gregory Gadebois, Vincent Perez, Melvil Poupaud, Damien Bonnard, Mathieu Amalric, France, 2h13, Gaumont. Sortie le 13 novembre 2019.

visuel: affiche du film (c) Gaumont

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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