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Carnage, Roman Polanski signe une comédie (gentiment) cynique sur les faux-semblants de la bonne bourgeoisie

Carnage, Roman Polanski signe une comédie (gentiment) cynique sur les faux-semblants de la bonne bourgeoisie

06 décembre 2011 | PAR Vincent Brunelin

Moins de deux ans après The Ghost Writer, le metteur en scène revient avec un huis clos urbain adapté de la pièce de Yasmina Reza, « Le Dieu du carnage ». S’il réalise une comédie plaisante grâce à l’excellente performance de ses acteurs, Polanski échoue à transcender son sujet. Au final, une œuvre mineure qui ne dépasse pas le cadre du théâtre filmé. Sortie le 7 décembre.

Synopsis : Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la « victime » demandent à s’expliquer avec les parents du « coupable ». Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l’affrontement. Où s’arrêtera le carnage ?

Roman Polanski transpose donc sur grand écran la pièce de l’écrivaine et dramaturge Yasmina Reza qui avait déjà fait l’objet d’une adaptation pour le théâtre aux États-Unis (couronnée d’un Tony Award). Le réalisateur orchestre un huis clos en temps réel dans un appartement de Brooklyn – le tournage s’est déroulé près de Paris pour les raisons que l’on sait – , mettant en scène deux couples qui tentent de résoudre de manière civilisée le conflit entre leurs enfants respectifs. D’abord cordiale et respectueuse, la discussion s’envenime progressivement et les verrous de la bienséance sautent les uns après les autres pour laisser place aux contradictions et aux préjugés de cette bourgeoisie libérale, en apparence bien sous tous rapports.

Passé maître dans l’art du huis clos (Repulsion, Cul-de-sac, La Jeune fille et la mort), Polanski se contente ici d’un exercice de style, certes rythmé et efficace, mais assez sage au vu de sa filmographie pour le moins impressionnante. Si les dialogues font souvent mouche, il y a quelque chose de relativement artificiel dans ce ping-pong verbal qui ne va pas au delà de simples punchlines acerbes, pourtant servies par une distribution aux petits oignons. Les quatre acteurs semblent en effet prendre un réel plaisir – plaisir communicatif – à se balancer ces répliques vachardes et à jouer entre cynisme, colère et hystérie. Accordons une mention spéciale à John C.Reilly, plus vraiment une révélation, qui s’impose peu à peu comme l’une des tronches incontournables du cinéma américain, capable d’alterner entre les franches comédies façon Apatow (Ricky Bobby, Frangins malgré eux) et des rôles plus graves (Magnolia, The Hours ou plus récemment We Need to Talk About Kevin).

Mais si le film est plutôt réussi sur le plan de la comédie, la critique de la bourgeoisie et de ses névroses enfouies reste à la surface des choses, si bien qu’elle se concentre moins sur le présupposé mal collectif qui la ronge que sur les petits travers des personnages. Du même coup, l’ensemble manque d’une touche personnelle plus marquée et le spectacle de ce « carnage » ne s’avère pas aussi cruel qu’on l’espérait.

 

Carnage, de Roman Polanski, avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz, John C.Reilly
Comédie dramatique, 1h20
Sortie le 7 décembre 2011

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Vincent Brunelin

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