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[Critique] « The Grand Budapest Hotel » Wes Anderson nous offre une comédie d’aventures jubilatoire entre Tintin et Sherlock

[Critique] « The Grand Budapest Hotel » Wes Anderson nous offre une comédie d’aventures jubilatoire entre Tintin et Sherlock

08 mars 2014 | PAR Gilles Herail

Il y a un plaisir partagé évident dans ce Grand Budapest Hotel, comédie dans laquelle on reconnait immédiatement la patte de Wes Anderson tout en allant vers le divertissement pur et une série d’aventures rocambolesques qu’Hergé n’aurait pas reniées. Sautillant, bondissant et fourmillant d’idées, le nouveau film du réalisateur du Darjeeling et de La vie aquatique est jubilatoire de bout en bout. (La contre critique un peu plus mitigée ici).

[rating=5]

On avait quitté Wes Anderson avec le tout aussi bon mais très différent Moonrise Kingdomplongée dans les émotions de deux adolescents tourmentés passionnément amoureux dont la fugue devenait une fuite épique vers une île inhabitée pour vivre au grand jour leur passion enfantine. The Grand Budapest Hotel ressemble plus au premier abord au reste de la filmographie de Wes Anderson, le Darjeeling et Life Aquatic en tête. Mais la folie de son personnage principal emmène le film encore plus loin tout en invitant le spectateur dans un voyage nostalgique au coeur des grands palaces à l’ancienne, d’une vision quasi sacrée du service client et du raffinement. Ralph Fiennes est étonnant, aussi à l’aise dans la récitation de poèmes romantiques à l’eau de rose que dans l’utilisation gourmande et récurrente de jurons en tous genres, entre deux formules de politesse magnifiquement tournées. Ce personnage charmeur, amateur expérimenté de bourgeoises en fin de vie, de parfum, de vin, mais aussi grand manitou sachant gérer d’une précision toute mécanique  l’organisation de cette immense machine qu’est l’Hotel Budapest.

Wes Anderson utilise avec talent tous les éléments qui font sa spécificité. Les plans symétriques, le montage sec et le jeu des acteurs s’inspirant quasiment de la bande dessinée, la musique exotique, le langage lettré et l’élégance matinée de gags triviaux. On est en terrain conquis mais la sauce prend inextricablement grâce au rythme et aux péripéties qui s’enchaînent. Quand on pense commencer à tourner en rond, Wes Anderson nous sort une incroyable scène d’évasion parfaitement calibrée où tout se goupille parfaitement avec un découpage génial. Le duo principal fonctionne à plein et le jeune Tony Revolori arrive parfois à prendre la vedette face à l’écrasant Mr Gustave, ne se laissant jamais enfermer dans le triste rôle de lobby boy. Car la jubilation du spectateur est avant tout celle des personnages principaux que tout ce cirque amuse follement et pour qui l’énormité de la conspiration ne fait qu’ajouter du piment à une aventure rocambolesque enthousiasmante. Les méchants, William Dafoe et Adrian Brody ajoutent la touche de noirceur qui manquait parfois aux précédents films de Wes Anderson et participent grandement au plaisir de la projection.

Plaisir, c’est vraiment le mot qui ressort du film tant Wes Anderson ne joue pas au plus malin et cherche simplement à faire ce qu’il fait de mieux. Un sens de l’extravagance, du beau, de l’enthousiasme et de la naïveté où le spectateur est un complice permanent de personnages aussi flamboyants que pathétiques. Il trouve en Ralph Fiennes un alter ego encore plus raccord que Bill Murray et on espère de futures collaborations qui nous emmèneront voyager dans des contrées encore plus hostiles, pour un parcours semé d’embûches où la croyance naïve des héros farfelus en leur bonne étoile leur permettra toujours de se tirer d’affaire.

@Gilles Hérail

The Grand Budapest Hotel, une comédie d’aventures de Wes Anderson avec Ralph Fiennes et Tony Revolori, durée 1h40, sortie le 26 février 2014

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2 thoughts on “[Critique] « The Grand Budapest Hotel » Wes Anderson nous offre une comédie d’aventures jubilatoire entre Tintin et Sherlock”

Commentaire(s)

  • Jean-Paul Desverchère

    Inutile d’intercepter un suivi dans cet univers rose bonbon grandiose et inconsistant.

    L’ensemble demeure autant surprenant qu’attachant, dans une suite de tableaux crispants, irréguliers et décousus, intégrés dans une brillante palette rassemblant ses couleurs par affinités.

    Energie esthétique indispensable, afin de ne pas décrocher, en s’adaptant à ce processus délirant, incontrôlable, sans maturité, étirant ses mésaventures dans tous les sens.

    Une glace à la fraise désaltérante malgré ses incessantes cassures. Libre, déjanté, un archétype cocasse, mouvementé, volontairement déstructuré, intégré dans des teintes folles.

    A voir absolument pour se reconstruire, en parcourant un nouveau monde épuré de toute structure conformiste.

    L’opus assume ses dérives.

    Les puristes auront remarqué la judicieuse présence du nombre 0620 dans le téléphérique et sauront lui attribuer un visage, une fonction et un nom.

    août 13, 2014 at 13 h 17 min

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